La revue Les Cahiers du sens 2018 est parue et j'y ai publié trois notes de lecture dont une sur un très bel ouvrage de l'ami Michel Baglin Lettres d'un athée à un ami croyant. 

 

Michel Baglin, Lettres d’un athée à un ami croyant, éditions Henry (Parc d’activités de Campigneulles 62180 Montreuil-sur-Mer), 10 €

Commencées au lendemain des attentats contre Charlie-hebdo, ces Lettres d’un athée à un ami croyant (superbement illustrées par Delambre, lui-même dessinateur au Canard Enchaîné) sont particulièrement salutaires. Trois ans déjà que Cabu et ses amis, et les autres victimes de ce mois de janvier 2015, ont péri sous les balles de lâches décérébrés. Cela recommençait en novembre avec davantage de morts encore, puis en juillet à Nice. Et ce n’est sans doute pas fini. S’il ne faut pas oublier les effets désastreux de politiques étrangères inconséquentes de l’occident et des enjeux géopolitiques, on n’en doit pas moins s’interroger sur les fondements religieux qui sont ici revendiqués. Ce que fait Michel Baglin avec justesse et courage dans ce « plaidoyer pour la laïcité ».

Plaidoyer bienvenu, quand celle-ci est attaquée au nom du respect du fait religieux. Mais la laïcité permet justement la pratique de toutes les religions, au contraire de ce que l’on voit dans les théocraties, ce tout en délimitant la sphère privée et la sphère publique et à l’intérieur du cadre déjà prévu par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.  Et ceux qui se devraient de la défendre  imposent eux-mêmes, par une lâche complaisance, une censure perverse. Aux pays des Lumières nous n’aurions plus le droit de critiquer une religion. On nous reproche de pratiquer l’amalgame entre islamistes et musulmans qui seraient indignés par l’islamisme… mais qui ne manifestent pas contre les islamistes qui détourneraient l’islam… Oserions-nous dire qu’il n’y avait rien de commun entre les croisés et les chrétiens ? Et on accuse les critiques de l’islam d’« islamophobie » et par suite de « racisme » faisant ainsi, sans honte, l’amalgame justement entre musulmans et arabes alors que tous les musulmans ne sont pas arabes et que tous les arabes ne sont pas musulmans puisqu’il y a même des arabes « islamophobes », même… s’il est souvent difficile pour eux de parler.

Michel Baglin donne la voix justement aux intellectuels arabes eux-mêmes ! A Kamel Daoud : « On ne pourra éradiquer l’islamisme sans réformer l’islam » ou à Abdelwahab Meddeb : « Ce n’est pas à l’Europe de s’adapter à l’islam, c’est à l’islam de s’adapter à l’Europe, à l’islam d’apprendre à à subir la critique même la plus offensante ». Pour Michel Baglin, face au littéralisme béat de tous les intégrismes (et pas seulement l’intégrisme musulman) il faut en revenir à la lettre, pensée et pesée, de la laïcité. C’est ainsi que nous préserverons le bien suprême : la liberté de penser, cette liberté au nom de laquelle justement sont morts les journalistes de Charlie. Et c’est cette liberté qui, seule, peut nous amener à vraiment « aimer le monde ».

Guy Allix