Guy Allix, poète

24 novembre 2016

Conte de Noël : Le Petit grand-père

Conte de Noël

Le petit grand-père

 

Pour Marie-Odile et Gérard Smit

Pour Esther

 Poussé par le vent d’automne, il était tombé comme une feuille morte sur le banc de la place du quartier, sous des arbres protecteurs. On devinait qu’il n’avait pas toujours été ce SDF singulier qui ne demandait jamais l’aumône et semblait avoir, chichement, les moyens de vivre. Nul n’avait percé son secret. Il s’était présenté sous le nom de René mais on l’appelait « petit grand-père »,  accueillant sa présence avec bonheur.

Un habitant de la place avait vite sympathisé avec lui. Passionné de littérature, il avait trouvé là un vrai comparse. Robinson l’invitait parfois à diner et « René » apportait dessert et bouteille de vin. Cela lui permettait aussi le luxe d’une douche et celui de gratter les cordes d’une guitare. Mais si son ami tentait de lui arracher des confidences, il devenait sombre et regagnait plus vite son banc.

Les enfants s’attachèrent rapidement au  « petit grand-père ». Celui-ci leur disait des contes, jouait de la flûte à bec et leur chantait de jolies chansons. Les gamins s’en revenaient plus riches et souriants.

Il était aimé plus particulièrement de deux frères : Gwen et Aël. Dès qu’ils le pouvaient, ceux-ci venaient l’écouter et se confiaient à lui. Il  leur apprenait des jeux et les enfants étaient heureux de délaisser leurs écrans.

Illustration Petit grand-père 1

Les jours passaient. L’hiver s’installait. Parfois Robinson invitait René à dormir chez lui, quand Le froid était plus vif, la pluie et le vent plus insistants.

Un jour, la maman de Gwen et Aël passa près de celui que ses enfants appelaient « Grand-père ». Fatiguée par sa grossesse, elle n’avait pas encore répondu à la demande des petits qui voulaient l’inviter. Elle le salua timidement. Il fit de même, avec un sourire dont il tenta d’effacer la tristesse. Elle remarqua ses yeux bleus dans son visage comme dévoré par une neige touffue. Ce regard l’interpella sans qu’elle sût encore pourquoi.

Illustration Petit Grand-père 2

Noël approchait, et avec lui l’affairement des parents et grands-parents, la joie des enfants ; l’espoir simplement quand le temps est plus sombre. Notre ami eut moins de visites. Les enfants le délaissaient. Même Gwen et Aël se firent plus rares, après lui avoir annoncé qu’ils se préparaient à accueillir pour Noël leurs oncles et tantes, leurs grand-mères et leur grand-père paternel. Et il se pourrait bien que Maman leur donnât alors une petite sœur ! Sous les étoiles pleines de promesses et de grands froids à venir, il cacha sa propre peine dans un rire. Robinson lui-même partit rejoindre ses enfants. Le temps de la Nativité abandonnait ce père Noël « orphelin ». Sans famille, les temps de fête sont jours de défaite. Oui, chacun l’oublia. On le retrouverait après : les enfants lui montreraient leurs cadeaux et leur bonheur.

Le soir venu, il prit un livre écrit par lui pour un enfant et, sous le lampadaire, en relut quelques pages. Il corrigea un poème, rédigea une lettre. Il remit le tout dans son sac à dos, les doigts et le cœur presque gelés.

Pendant ce temps, chez Gwen et Aël, Maud avait ressenti les premiers signes et son mari l’avait emmenée à l’hôpital. Emmanuelle poussa son premier cri à minuit devant ses parents comblés. Maud découvrit le regard du nouveau-né qui lui ré-ouvrit le sien. Ce bleu…

Le lendemain, la neige était au rendez-vous. Elle avait lavé le ciel qui était de ce même azur. On s’étonna de ne pas voir René. On avait oublié que la nuit avait pu être glaciale.

Le grand-père était étendu sans vie comme une ombre blanche tombée sur son banc. Par son livre, ses notes et ses papiers, on comprit qu’il était poète. Il avait longtemps vécu caché des siens et avait quitté ses anciens amis en leur demandant de ne pas s’inquiéter car il repartait « vers sa Vie ». On retrouva sa dernière lettre : il léguait ses droits à ses petits-enfants retrouvés. « Soyez heureux, je meurs pour que renaisse. Mon amour est là au cœur de mes mots et de mes sourires. La Vie est là… »

On annonça à Gwen et Aël le décès de leur grand-père. Ils porteraient la bonne nouvelle de ses textes. Le « petit grand-père » était ce chemin, plein de vie, tracé par sa plume. Ce chemin que tous deux continueraient de parcourir avec Emmanuelle, leur nouvelle petite sœur.

Quelques jours plus tard l’église était pleine pour dire au revoir à l’un des nôtres, le « grand-père prodigue ». Des amis venus de très loin s’étaient joints à nous. Robinson prononça quelques mots pour son ami « René ». D’autres l’évoquèrent sous le nom de Gui. Puis, on vit s’avancer Maud et ses enfants.

Les garçons pleuraient, mais aussi de ce bonheur d’avoir découvert ce bon Grand-père. Son amour laissé en héritage le faisait vivre encore. C’étaient l’an nouveau gonflé de promesses, la joie d’aimer et d’être aimé même par ceux qui sont morts.

Maud se tenait debout dans le chœur, digne. Les mots vinrent un à un, puisés aux souvenirs profondément enfouis : « Je ne vais pas vous parler du « petit grand-père », je ne l’ai pas connu.  Je vais vous parler de celui que j’avais perdu et que j’ai retrouvé. Bonjour Papa… ». Les cloches retentirent alors à toutes volées. On raconte qu’un ami les avait lancées dans un élan de joie. Comme si le temps de Pâques était venu étouffer le Glas.

 Illustration Petit Grand-père 3

Quand nous sommes sortis de l’église, jamais le Ciel n’avait été si bleu. Un immense regard de bonheur mangeait le visage du monde.

Guy Allix et Eléonore de Monchy

Conte publié dans « La Manche Libre », éditions du samedi 26 décembre 2015

Illustrations d’Anne-Charlotte Larroque

 

 

4e de couverture

Un jour d’automne un petit grand-père s’installe sur le banc de la place du quartier. Il devient l’ami de tous mais surtout de deux enfants, Gwen et Aël. Il ne savent pas encore combien ce grand-père inconnu, ce grand-père prodigue leur est proche…

Noël sera une révélation.

Tout à la fois une douleur et un bonheur.

Une séparation et une reconnaissance... 


Quelques mots d'un ami comme un pain d'amitié...

De mon ami Bruno cet extrait d'un article publié dans Ouest-France :

"Au fil des années Guy Allix a tissé une oeuvre sobre et noire, où chaque mot est pesé, une oeuvre qui dit tout à la fois la jubilation et la souffrance que lui procure la création poétique. Il écrit une poésie de l'errance, à mots perdus, dans le tumulte et le silence. Une poésie qu'il faut arracher à la vie, où les mots travaillent la mort, où nul miracle n'est possible sans une certaine humilité." 

Bruno Sourdin

28 juin 2016

Poème d'amour

Un poème d'amour récemment paru

dans les Cahiers du sens 2016

La poésie est présence et amour

Présence

27 juin 2016

Prix François Coppée 2016 (Académie Française)

Bon je ne cours pas après les breloques et les honneurs etc.

Mais ça peut faire plaisir quand même.

Le prix François Coppée vient de m'être attribué par l'Académie française pour Le Sang le soir, éditions du Nouvel Athanor.

Visuel Le sang le soir

25 juin 2013

Le temps d'aimer

Le temps d’aimer

à Nicole et Georges Drano avec mon amitié

en souvenir des instants merveilleux passés à Montpeyroux et à Arboras.

 

 

 

Si tu prends le temps de lire un poème

Tu prends le temps tu prends le temps

Le temps d’une femme par la main

Le temps du courage redonné

Le temps des mots repris à l’insignifiant

Le temps de ce rêve blotti au dedans de toi

 

 

Si tu prends le temps de lire un poème

Tu prends le temps tu prends le temps

Le temps du cri contre le mensonge

Le temps de la lutte contre l’infâme

Le temps de te lever et de faire front

Le temps d’une amitié avec les hommes

 

 

Si tu prends le temps de lire un poème

Tu prends le temps tu prends le temps

Le temps d’un grand ciel étoilé

Le temps d’un amour retrouvé

Le temps de la caresse partagée

Ce temps de sourire enfin aux quatre coins du jour

 

 

Si tu prends le temps de lire un poème

Si tu prends ce temps d’aimer

Ta vie n’est plus perdue

 

 

Guy Allix

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