Billets d'humeur

 

Comme j'atteins les cent pages et que mon hébergeur n'affiche pas plus de cent pages, je regroupe les billets sur cette seule page... Ca va me prendre un peu de temps sans doute.

 

Je me permets de donner, de temps à autre, un peu de voix. Le poète n’est pas dans une tour d’ivoire en dehors de ce monde abject qu’on nous fabrique et où l’on nous parque tous.

Malgré une indispensable humilité, les poètes sont tenus de témoigner, de se révolter contre les injustices, contre les attitudes indécentes, les scandales qui les entourent ou les frappent directement. Loin des petits laboratoires aseptisés où les faiseurs veulent garder les mains propres et ne se fâcher avec personne (afin de préserver quelques opportunités éditoriales ou autres) je porterai, sur ce site, mon droit de parole, mon devoir de liberté.

L’honneur de la poésie, de la poésie toujours rebelle, est à ce prix.

 

 

"Quand vous hésitez entre deux opinions, choisisssez celle qui a le plus petit nombre de partisans, vous avez des chances de choisir la bonne."

Jean Bernard

 

Bien sûr nous ne reprenons pas dans la reconstruction du site tous les anciens billets qui ont parfois perdu de leur actualité.

 

Mort aux pauvres

 

 

 

Sous "Pépère" Hollande comme sous Sarkozy, le texte de Gérard reste vrai. Hélas !

 

 

 

C'est avec bonheur que j'accueille ici l'ami Gérard Cléry qui est d'ailleurs intervenu déjà plusieurs fois dans mes billets d'humeur. Á noter que ce texte est paru dans le dernier numéro de "Spered Gouez". Il est donc repris aussi avec l'autorisation de la responsable de la revue, Marie-Josée.

 

Je pense que ce n'est pas la dernière fois que Gérard Cléry intervient ici. J'ose même espérer de sa part une collaboration régulière à cette rubrique. Il va sans dire que je partage entièrement son point de vue. Tant dans sa dénonciation de ce cancer de l'injustice (le mot est décidément trop faible) et de l'indécence des nantis que dans sa note finale relative à l'inanité botulienne.

 

Je me permets, avant de lui donner la parole, de citer le grand Montaigne dans un extrait du texte "Des cannibales" (Essais) :

 

"... secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu'ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu'ils avoyent aperçeu qu'il y avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez, et que leurs moitiez estoient mendians à leurs portes, décharnez de faim et de pauvreté et trouvoient estrange comme ces moitiez icy necessiteuses pouvoient souffrir une telle injustice, qu'ils ne priment les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons."

 

Non rien n'a changé depuis et on ne peut que s'étonner toujours de cet état de sidération de ces "moitiez icy necessiteuses".

 

lire les poèmes de Gérard sur ce blog...

 

 

 

G.A.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

MORT AUX PAUVRES

 

 

 

 

 

« Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner ». Ainsi parle un américain parmi les plus nantis de la planète. Et le patron de la banque Barclays de justifier devant une commission parlementaire que  « pour les banquiers le temps des excuses est révolu », propos tenus après qu'il se soit accordé un bonus annuel d'environ 7,6 millions d'euros.

 

 

 

Amère patrie

 

Mais revenons à la mère patrie. Mort aux pauvres ! C'est ce que traduisent de manière non dissimulée – ou si peu – les façons de cette France qui se dit « d'en haut » quand on peut la voir escalader sans aucun complexe les sommets de l'égoïsme et du chacun pour soi. Quand, dans le même élan vertueux, on voit s'amonceler restrictions, mesures d'étranglement, visant ceux qu'on pousse de plus en plus à la marge.

 

Dernier coup bas à inscrire au palmarès de cette guerre, la fermeture du seul centre d'accueil d'urgence de la capitale, refuge destiné aux femmes en danger d'errance dans les rues. Ce peu d'espace pour peut-être reprendre souffle, pour croire encore être de la parentèle humaine, n'affiche pourtant qu'une très modeste capacité  : 38 places. Plus de crédits ! Comment garder son cri devant une cécité et une sécheresse d'âme aussi visiblement délibérées ? [1]

 

Autre avatar, Paris toujours, fermeture encore, celle des services de soins de l'Hôtel-Dieu, suivie bientôt – à moins qu'on y soit déjà - de la mise en vente de l'immeuble. Quand les bureaux remplacent les lits d'hôpital ! Pendant le mandat le démantèlement de l'hôpital public suit son cours (ou pendant les affaires, le démantèlement continue) ! Sauf à Carhaix où la place a été défendue, dans la non résignation.

 

De telles pratiques trouvent évidemment leurs justifications comptables dans la rationalité des profits. Comment ne pas saisir que nous sommes en présence, et avec quelle fréquence, d'une organisation délibérée et cynique de la misère ?

 

 

 

Pas de stock-option pour l'apprentie

 

La chose ne devrait pas perturber le sommeil de ce retraité heureux, qui après quatre années à la tête du groupe Vinci, part avec une pension de 380.000 euros annuels. Augmentée d'une retraite de haut-fonctionnaire. Agrémentée d'une retraite de commissaire européen.

 

Et pendant ce temps-là, cette jeune femme, elle a vingt ans, elle est en apprentissage, se voit gratifiée de 360 euros par mois. Ne vous frottez pas les yeux, « c'est normal, c'est le tarif » quelque part en Bretagne ou partout ailleurs.

 

Ecoutez ce « moraliste » indigné  qui se lâche en parlant du « cancer de l'assistanat » et qui demande aux bénéficiaires du RSA de travailler de cinq à dix heures par semaine au smic. Applaudissez cet autre, il siège sur les mêmes bancs, pour sa trouvaille : « supprimer, par mesure d'économie (on y revient)  l'enseignement des sciences sociales qui ne mènent à rien ». Traduisez psychologie et sociologie. Des fois que ces études pousseraient à réfléchir. Les bonnes âmes....auxquelles une  seule mandature de 5 ans accordera à vie, une retraite mensuelle de 1500 euros. Et qui toucheront le chômage si le sort des urnes leur est contraire !

 

A quelles fins la suppression de 1500 classes et de 16 000 postes d'enseignants pour la prochaine rentrée scolaire ? Dans quel but la récente disparition des Instituts de Formation des Maîtres ? Pourquoi avant-hier « la réforme » du statut des intermittents du spectacle ? Pourquoi le formatage, l'uniformisation culturels à jet continu ?

 

Pour qui la dépénalisation du droit des affaires ? Pour qui, je ne vous ne le demanderai pas, le projet  de pénalisation, le signalement « le zéro de conduite » dès la maternelle,  sinon pour les enfants des moins pourvus ?

 

 

 

Le « Non » du Conseiller

 

J'ouvre le journal  : Etudiants, pas d'argent pas de soins. Faute de revenus un jeune sur cinq renonce à se soigner. Près de la moitié d'entre eux vit avec moins de 400 euros par mois. Autre page : Marchands de sommeil, jusqu'à 24 personnes dans un F4. Ailleurs, je lis : Dans le privé, les gros salaires ont grimpé de + 340 % en 30 ans, contre 26 % pour 90 % des salariés. Soit en 1980, un rapport de 1 à 23 et en 2007, de 1 à 81. Etdans un récent article de Libération : "Question à un Conseiller de plume très haut perché : La notion de salaire maximum a-t-elle un sens pour vous ? Réponse : Non."

 

Rubrique économie de ce journal de l'Ouest : Surendettement. 900.000 ménages dans le rouge. Problème  : en multipliant par 4 ou par 5, quel est le nombre des abonnés aux tranquillisants ?

 

Vous avez dit assez ? Ne partez pas !  Devinez quel penseur professionnel, icône médiatique, ralliez-vous à ma chemise blanche à gauche de l'écran, a décoché cette sentence définitive : « la poésie n'existe plus et se dire poète aujourd'hui est ridicule ».  La réponse en trois initiales.

 

 

 

Il y a décidément grande bousculade dans le bassin olympique de la suffisance et de l'indécence ! Gare à la noyade !

 

 

 

 

 

Gérard Cléry

 

 

 

***

 

 

 

Et pour montrer toute l'actualité du billet de Gérard (billet écrit il y a quelques mois déjà) voici cet article publié sur le site du Monde. L'indécence n'a décidément pas de limite, pas même celle du ridicule :

 

 

 

 

 

Interdire de fouiller dans les poubelles, ça rime à quoi ?

 

 

 

Les Questions subsidiaires – Le maire UMP de la ville de Nogent-sur-Marne, Jacques J.P. Martin, a fait voter le 16 septembre un arrêté municipal qui interdit de fouiller dans les poubelles de cette commune du Val-de-Marne.

 

 

 

Les pauvres n'ont qu'à bien se tenir. Le maire UMP de la ville de Nogent-sur-Marne, Jacques J.P. Martin, a fait voter le 16 septembre un arrêté municipal - entré en vigueur au début du mois - qui interdit de fouiller dans les poubelles de cette commune du Val-de-Marne. Les contrevenants risquent une amende de 38 euros, voire une peine de prison. Depuis que Le Parisien a révélé l'existence de ce texte le 12 octobre, la polémique ne cesse d'enfler.

 

 

 

La Ligue des droits de l'homme (LDH) veut saisir la justice. Les conseillers d'opposition envisagent de déposer un recours, de lancer une pétition et d'organiser une "chasse au trésor dans les poubelles de la municipalité". Certains syndicats dénoncent une "pénalisation de la pauvreté". L'arrêté interdit également "de cracher, d'uriner et d'une manière générale de souiller la voie publique". "Cet arrêté vise ceux qui, particulièrement depuis six mois, vident les poubelles par terre à la recherche de métaux ou de vêtements à revendre", a expliqué le maire. "L'arrêté mentionné va permettre à la police municipale d'identifier les personnes qui fouillent dans les conteneurs de déchets afin, prioritairement, de leur proposer des aides appropriées respectant leur dignité", affirme le site Internet de la ville. Jacques J.P. Martin précise que la "fouille des poubelles" reste permise aux abords des marchés. Monsieur le maire est trop bon.

 

 

 

Louise Couvelaire, Le Monde.fr

 

 

 

lire sur le site :

 

 

 

http://www.lemonde.fr/m/article/2011/10/21/interdire-de-fouiller-dans-les-poubelles-ca-rime-a-quoi_1591354_1575563.html

 

 

 

 

 

 

 

Cher Guy,

 

 

 

Moi aussi, je ne puis qu'être scandalisé par la réaction de ce maire qui, par son geste, interdit au plus pauvres de grapiller une maigre pitance dans la poubelle de ceux qui ont de quoi manger.

 

 

 

Que dire aussi de ces hypermarchés (à la croisée de tous nos problèmes) qui brûlent ou rendent impropres à la consommation les invendus de leurs rayons alimentaires !

 

 

 

Rien, sinon que leur attitude est de la pire obscénité.

 

 

 

Peut-on décemment croire, après de tels affronts aux miséreux, qu'ils se battent, comme ils disent, pour notre pouvoir d'achat ! Viendra un temps, osons le croire, où certains auront à rendre des comptes.

 

 

 

Bonne journée tout de même !

 

 

 

A bientôt,

 

 

 

Luis Porquet

 

 

 

 

 

 

 

Cher Guy,

 

 

 

 

 

 

 

Merci pour ce texte ô combien d'actualité. J'aurais aimé conseiller
aux lecteurs de ton site un tout petit opuscule "L'Art d'ignorer les
pauvres" avec trois textes signés de J. K. Galbraith (L'art d'ignorer
les pauvres), de Laurent Cordonnier (Economistes en guerre contre les
chômeurs) et de Jonathan Swift (un long extrait de sa Modeste
proposition sur les enfants pauvres d'Irlande). L'objet est publié
chez Les Liens qui Libèrent (LLL) et ne coûte que six euros (certes
pour 70 pages. C'est à mes yeux une lecture des plus salutaires en ce
moment et à six mois à peine des élections.

 

 

 

J'espère que tu vas bien.

 

 

 

Très cordialement,

 

 

 

Jean-François Sené

 

 

 

 

 

 

 

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***

 

Une bulle financière réservée à un aréopage national et mondial dirige tout avec des ficelles monétaires mondialisées en temps réel, et notamment les pauvres marionnettes que nous sommes devenues. Le temps pour nous est irréel. Nos bras nous servent à travailler et à nous agiter. Pauvres gnomons perdus dans l'espace.
Comptons un peu, ça on sait encore et pour cause : 10 % de la planète est en train de cheptéliser les 90 % restants. Cherchez l'erreur. Cela ne pourra pas durer, nous le savons. L'Histoire est ainsi faite, avancées, reculs, soubresauts, Révoltes, révolutions ... On ne sait pas ce qui sortira à terme du chapeau. Déjà de celui des urnes, il faut faire le moins mauvais choix.

 

Merci à Gérard de pousser ce coup de gueule : la poésie sert aussi à cela, toujours ancrée dans le réel, du plus sordide au plus solaire.

 

Marilyse Leroux

 

***

 

 

 

Envoyé par Marie-Josée ce 4 novembre... Cela se passe de commentaires.

 

 

 

"Un fait divers dans toute sa brutalité !
Cette semaine, une femme a mis au monde sous la tente qu'elle partageait avec son compagnon dans le XIV à Paris une petite fille qui est décédée malgré l'intervention des pompiers.
Des juges signalent par ailleurs une recrudescence importante de la délinquance chez les plus de 65 ans, de forme bien particulière et nouvelle qui serait une délinquance de survie."

 

 

 

Bon finalement si... commentaires quand même : je dédie cette page à ceux qui se pavanent du haut de leur pouvoir en ces temps de crise (crise pour la seule majorité de ceux qui ne peuvent, eux, se pavaner), je dédie cette page aux ordures (le mot est faible) indifférentes qui nous "gouvernent" ou aux salauds repus qui prennent leurs bénéfices indécents. Libertaire, je n'ai rien d'un poujadiste mais le débat politique en ces temps de "communication" triomphante est tombé bien bas.

 

 

 

"Indignez-vous !"

 

 

 

 

 

 

 



[1]    Dernière heure (30/07/2011) On annonce à la radio la suppression de 4500 places d'hébergement d'urgence. Constat : c'est toujours CONTRE les mêmes que se font les économies ! Et on compte 2 millions de logements vacants dans  le pays !!!

 

 

Troy Davis

 

 

22 septembre 2011 (non, Tonton Georges, le 22 septembre aujourd'hui je ne m'en fous pas)

Juste quelques mots pour un... parmi tant d'autres. On ose à peine parler dans ces moments-là. Et honte à la puissance qui donne des leçons de droits de l'homme au monde avec une injection létale dans ses bagages.

 

La nuit dernière

Un homme est mort

Qu’avait-il fait ?

Que n’avait-il pas fait ?

Nul ne le sait

Hormis ceux qui savent

Ou croient savoir

Envers et contre tout

Envers et contre l'homme 

 

Un homme parmi les hommes

Frère des hommes fragiles

Qui se tiennent vivants

Et se soutiennent et s'aident 

Contre l’adversité

Contre le dernier mot

 

Un homme parmi les hommes

Et ne restent que les larmes 

  

Il est mort

Et ne restent que ceux

Qui ont permis cela 

Qui ont commis cela

 

Hommes inhumains...

A jamais

Guy Allix

 

 

 

Béranger simplement comme un superbe billet d'humeur ! avec la complicité de mon ami, Olivier Mélisse.

 

 

 

Dure mère

 

François Béranger

 

 

 

 

 

Je vois une bouche qui s’ouvre

 

Comme un trou noir

 

Et qui n’a pas la force d’exhaler un cri.

 

Je crois voir un vieillard

 

Au visage ridé.

 

On me dit c’est un enfant, je n’en crois rien.

 

 

 

 

 

Bras et jambes squelettiques,

 

Ventre gonflé :

 

Qu’y a-t-il vraiment dans cette outre affamée ?

 

Des yeux immenses de pure souffrance :

 

Accusation au –delà de tout pardon.

 

 

 

 

 

Demain quatre milliards de crève-la-faim

 

Auront-ils seulement la force de rêver ?

 

De rêver qu’ils mangent un riche bien gras.

 

Un riche bien gras, bien rose,

 

Jusqu’à en crever.

 

 

 

 

 

Lui casser le crâne, percer la dure-mère,

 

Boire jusqu’à la lie la bonne matière grise.

 

Intelligence d’où n’est pas sorti

 

Le désir, la simple idée de partager.

 

 

 

 

 

Terre ! terre ! terre ! Ma terre !

 

Ma dure mère !

 

Qu’avons-nous fait de toi ?

 

Qu’avons-nous fait de nous ?

 

Qu’avons-nous fait ?

 

 

 

 

 

Sur nos belles routes, les paysans

 

Arrosent de pétrole leurs excédents.

 

Par millions de tonnes la bouffe invendue

 

Dort à jamais dans nos entrepôts géants.

 

 

 

 

 

Terre ! terre ! terre ! ma terre !

 

Ma dure-mère

 

Qu’avons- nous fait de toi ?

 

Qu’avons-nous fait de nous ?