Billets d'humeur

 

Comme j'atteins les cent pages et que mon hébergeur n'affiche pas plus de cent pages, je regroupe les billets sur cette seule page... Ca va me prendre un peu de temps sans doute.

 

Je me permets de donner, de temps à autre, un peu de voix. Le poète n’est pas dans une tour d’ivoire en dehors de ce monde abject qu’on nous fabrique et où l’on nous parque tous.

Malgré une indispensable humilité, les poètes sont tenus de témoigner, de se révolter contre les injustices, contre les attitudes indécentes, les scandales qui les entourent ou les frappent directement. Loin des petits laboratoires aseptisés où les faiseurs veulent garder les mains propres et ne se fâcher avec personne (afin de préserver quelques opportunités éditoriales ou autres) je porterai, sur ce site, mon droit de parole, mon devoir de liberté.

L’honneur de la poésie, de la poésie toujours rebelle, est à ce prix.

 

 

"Quand vous hésitez entre deux opinions, choisisssez celle qui a le plus petit nombre de partisans, vous avez des chances de choisir la bonne."

Jean Bernard

 

Bien sûr nous ne reprenons pas dans la reconstruction du site tous les anciens billets qui ont parfois perdu de leur actualité.

 

Mort aux pauvres

 

 

 

Sous "Pépère" Hollande comme sous Sarkozy, le texte de Gérard reste vrai. Hélas !

 

 

 

C'est avec bonheur que j'accueille ici l'ami Gérard Cléry qui est d'ailleurs intervenu déjà plusieurs fois dans mes billets d'humeur. Á noter que ce texte est paru dans le dernier numéro de "Spered Gouez". Il est donc repris aussi avec l'autorisation de la responsable de la revue, Marie-Josée.

 

Je pense que ce n'est pas la dernière fois que Gérard Cléry intervient ici. J'ose même espérer de sa part une collaboration régulière à cette rubrique. Il va sans dire que je partage entièrement son point de vue. Tant dans sa dénonciation de ce cancer de l'injustice (le mot est décidément trop faible) et de l'indécence des nantis que dans sa note finale relative à l'inanité botulienne.

 

Je me permets, avant de lui donner la parole, de citer le grand Montaigne dans un extrait du texte "Des cannibales" (Essais) :

 

"... secondement (ils ont une façon de leur langage telle, qu'ils nomment les hommes moitié les uns des autres) qu'ils avoyent aperçeu qu'il y avoit parmy nous des hommes pleins et gorgez de toutes sortes de commoditez, et que leurs moitiez estoient mendians à leurs portes, décharnez de faim et de pauvreté et trouvoient estrange comme ces moitiez icy necessiteuses pouvoient souffrir une telle injustice, qu'ils ne priment les autres à la gorge, ou missent le feu à leurs maisons."

 

Non rien n'a changé depuis et on ne peut que s'étonner toujours de cet état de sidération de ces "moitiez icy necessiteuses".

 

lire les poèmes de Gérard sur ce blog...

 

 

 

G.A.

 

  

MORT AUX PAUVRES

 

 « Il y a une guerre des classes, c'est un fait, mais c'est ma classe, la classe des riches qui mène cette guerre et nous sommes en train de la gagner ». Ainsi parle un américain parmi les plus nantis de la planète. Et le patron de la banque Barclays de justifier devant une commission parlementaire que  « pour les banquiers le temps des excuses est révolu », propos tenus après qu'il se soit accordé un bonus annuel d'environ 7,6 millions d'euros.

 

 

 

Amère patrie

 

Mais revenons à la mère patrie. Mort aux pauvres ! C'est ce que traduisent de manière non dissimulée – ou si peu – les façons de cette France qui se dit « d'en haut » quand on peut la voir escalader sans aucun complexe les sommets de l'égoïsme et du chacun pour soi. Quand, dans le même élan vertueux, on voit s'amonceler restrictions, mesures d'étranglement, visant ceux qu'on pousse de plus en plus à la marge.

 

Dernier coup bas à inscrire au palmarès de cette guerre, la fermeture du seul centre d'accueil d'urgence de la capitale, refuge destiné aux femmes en danger d'errance dans les rues. Ce peu d'espace pour peut-être reprendre souffle, pour croire encore être de la parentèle humaine, n'affiche pourtant qu'une très modeste capacité  : 38 places. Plus de crédits ! Comment garder son cri devant une cécité et une sécheresse d'âme aussi visiblement délibérées ? [1]

 

Autre avatar, Paris toujours, fermeture encore, celle des services de soins de l'Hôtel-Dieu, suivie bientôt – à moins qu'on y soit déjà - de la mise en vente de l'immeuble. Quand les bureaux remplacent les lits d'hôpital ! Pendant le mandat le démantèlement de l'hôpital public suit son cours (ou pendant les affaires, le démantèlement continue) ! Sauf à Carhaix où la place a été défendue, dans la non résignation.

 

De telles pratiques trouvent évidemment leurs justifications comptables dans la rationalité des profits. Comment ne pas saisir que nous sommes en présence, et avec quelle fréquence, d'une organisation délibérée et cynique de la misère ?

 

 

 

Pas de stock-option pour l'apprentie

 

La chose ne devrait pas perturber le sommeil de ce retraité heureux, qui après quatre années à la tête du groupe Vinci, part avec une pension de 380.000 euros annuels. Augmentée d'une retraite de haut-fonctionnaire. Agrémentée d'une retraite de commissaire européen.

 

Et pendant ce temps-là, cette jeune femme, elle a vingt ans, elle est en apprentissage, se voit gratifiée de 360 euros par mois. Ne vous frottez pas les yeux, « c'est normal, c'est le tarif » quelque part en Bretagne ou partout ailleurs.

 

Ecoutez ce « moraliste » indigné  qui se lâche en parlant du « cancer de l'assistanat » et qui demande aux bénéficiaires du RSA de travailler de cinq à dix heures par semaine au smic. Applaudissez cet autre, il siège sur les mêmes bancs, pour sa trouvaille : « supprimer, par mesure d'économie (on y revient)  l'enseignement des sciences sociales qui ne mènent à rien ». Traduisez psychologie et sociologie. Des fois que ces études pousseraient à réfléchir. Les bonnes âmes....auxquelles une  seule mandature de 5 ans accordera à vie, une retraite mensuelle de 1500 euros. Et qui toucheront le chômage si le sort des urnes leur est contraire !

 

A quelles fins la suppression de 1500 classes et de 16 000 postes d'enseignants pour la prochaine rentrée scolaire ? Dans quel but la récente disparition des Instituts de Formation des Maîtres ? Pourquoi avant-hier « la réforme » du statut des intermittents du spectacle ? Pourquoi le formatage, l'uniformisation culturels à jet continu ?

 

Pour qui la dépénalisation du droit des affaires ? Pour qui, je ne vous ne le demanderai pas, le projet  de pénalisation, le signalement « le zéro de conduite » dès la maternelle,  sinon pour les enfants des moins pourvus ?

 

 

 

Le « Non » du Conseiller

 

J'ouvre le journal  : Etudiants, pas d'argent pas de soins. Faute de revenus un jeune sur cinq renonce à se soigner. Près de la moitié d'entre eux vit avec moins de 400 euros par mois. Autre page : Marchands de sommeil, jusqu'à 24 personnes dans un F4. Ailleurs, je lis : Dans le privé, les gros salaires ont grimpé de + 340 % en 30 ans, contre 26 % pour 90 % des salariés. Soit en 1980, un rapport de 1 à 23 et en 2007, de 1 à 81. Etdans un récent article de Libération : "Question à un Conseiller de plume très haut perché : La notion de salaire maximum a-t-elle un sens pour vous ? Réponse : Non."

 

Rubrique économie de ce journal de l'Ouest : Surendettement. 900.000 ménages dans le rouge. Problème  : en multipliant par 4 ou par 5, quel est le nombre des abonnés aux tranquillisants ?

 

Vous avez dit assez ? Ne partez pas !  Devinez quel penseur professionnel, icône médiatique, ralliez-vous à ma chemise blanche à gauche de l'écran, a décoché cette sentence définitive : « la poésie n'existe plus et se dire poète aujourd'hui est ridicule ».  La réponse en trois initiales.

 

 

 

Il y a décidément grande bousculade dans le bassin olympique de la suffisance et de l'indécence ! Gare à la noyade !

 

 

 

 

 

Gérard Cléry

 

 

 

***

 

 

 

Et pour montrer toute l'actualité du billet de Gérard (billet écrit il y a quelques mois déjà) voici cet article publié sur le site du Monde. L'indécence n'a décidément pas de limite, pas même celle du ridicule :

 

 

 

 

 

Interdire de fouiller dans les poubelles, ça rime à quoi ?

 

 

 

Les Questions subsidiaires – Le maire UMP de la ville de Nogent-sur-Marne, Jacques J.P. Martin, a fait voter le 16 septembre un arrêté municipal qui interdit de fouiller dans les poubelles de cette commune du Val-de-Marne.

 

 

 

Les pauvres n'ont qu'à bien se tenir. Le maire UMP de la ville de Nogent-sur-Marne, Jacques J.P. Martin, a fait voter le 16 septembre un arrêté municipal - entré en vigueur au début du mois - qui interdit de fouiller dans les poubelles de cette commune du Val-de-Marne. Les contrevenants risquent une amende de 38 euros, voire une peine de prison. Depuis que Le Parisien a révélé l'existence de ce texte le 12 octobre, la polémique ne cesse d'enfler.

 

 

 

La Ligue des droits de l'homme (LDH) veut saisir la justice. Les conseillers d'opposition envisagent de déposer un recours, de lancer une pétition et d'organiser une "chasse au trésor dans les poubelles de la municipalité". Certains syndicats dénoncent une "pénalisation de la pauvreté". L'arrêté interdit également "de cracher, d'uriner et d'une manière générale de souiller la voie publique". "Cet arrêté vise ceux qui, particulièrement depuis six mois, vident les poubelles par terre à la recherche de métaux ou de vêtements à revendre", a expliqué le maire. "L'arrêté mentionné va permettre à la police municipale d'identifier les personnes qui fouillent dans les conteneurs de déchets afin, prioritairement, de leur proposer des aides appropriées respectant leur dignité", affirme le site Internet de la ville. Jacques J.P. Martin précise que la "fouille des poubelles" reste permise aux abords des marchés. Monsieur le maire est trop bon.

 

 

 

Louise Couvelaire, Le Monde.fr

 

 

 

lire sur le site :

 

 

 

http://www.lemonde.fr/m/article/2011/10/21/interdire-de-fouiller-dans-les-poubelles-ca-rime-a-quoi_1591354_1575563.html

 

 

 

 

 

 

 

Cher Guy,

 

 

 

Moi aussi, je ne puis qu'être scandalisé par la réaction de ce maire qui, par son geste, interdit au plus pauvres de grapiller une maigre pitance dans la poubelle de ceux qui ont de quoi manger.

 

 

 

Que dire aussi de ces hypermarchés (à la croisée de tous nos problèmes) qui brûlent ou rendent impropres à la consommation les invendus de leurs rayons alimentaires !

 

 

 

Rien, sinon que leur attitude est de la pire obscénité.

 

 

 

Peut-on décemment croire, après de tels affronts aux miséreux, qu'ils se battent, comme ils disent, pour notre pouvoir d'achat ! Viendra un temps, osons le croire, où certains auront à rendre des comptes.

 

 

 

Bonne journée tout de même !

 

 

 

A bientôt,

 

 

 

Luis Porquet

 

 

 

 

 

 

 

Cher Guy,

 

 

 

 

 

 

 

Merci pour ce texte ô combien d'actualité. J'aurais aimé conseiller
aux lecteurs de ton site un tout petit opuscule "L'Art d'ignorer les
pauvres" avec trois textes signés de J. K. Galbraith (L'art d'ignorer
les pauvres), de Laurent Cordonnier (Economistes en guerre contre les
chômeurs) et de Jonathan Swift (un long extrait de sa Modeste
proposition sur les enfants pauvres d'Irlande). L'objet est publié
chez Les Liens qui Libèrent (LLL) et ne coûte que six euros (certes
pour 70 pages. C'est à mes yeux une lecture des plus salutaires en ce
moment et à six mois à peine des élections.

J'espère que tu vas bien.

Très cordialement,

Jean-François Sené

 

 *** 

Une bulle financière réservée à un aréopage national et mondial dirige tout avec des ficelles monétaires mondialisées en temps réel, et notamment les pauvres marionnettes que nous sommes devenues. Le temps pour nous est irréel. Nos bras nous servent à travailler et à nous agiter. Pauvres gnomons perdus dans l'espace.

Comptons un peu, ça on sait encore et pour cause : 10 % de la planète est en train de cheptéliser les 90 % restants. Cherchez l'erreur. Cela ne pourra pas durer, nous le savons. L'Histoire est ainsi faite, avancées, reculs, soubresauts, Révoltes, révolutions ... On ne sait pas ce qui sortira à terme du chapeau. Déjà de celui des urnes, il faut faire le moins mauvais choix.

 

Merci à Gérard de pousser ce coup de gueule : la poésie sert aussi à cela, toujours ancrée dans le réel, du plus sordide au plus solaire.

 

Marilyse Leroux

 

***

 

 Envoyé par Marie-Josée ce 4 novembre... Cela se passe de commentaires.

 

 "Un fait divers dans toute sa brutalité ! 

Cette semaine, une femme a mis au monde sous la tente qu'elle partageait avec son compagnon dans le XIV à Paris une petite fille qui est décédée malgré l'intervention des pompiers.
Des juges signalent par ailleurs une recrudescence importante de la délinquance chez les plus de 65 ans, de forme bien particulière et nouvelle qui serait une délinquance de survie."

Bon finalement si... commentaires quand même : je dédie cette page à ceux qui se pavanent du haut de leur pouvoir en ces temps de crise (crise pour la seule majorité de ceux qui ne peuvent, eux, se pavaner), je dédie cette page aux ordures (le mot est faible) indifférentes qui nous "gouvernent" ou aux salauds repus qui prennent leurs bénéfices indécents. Libertaire, je n'ai rien d'un poujadiste mais le débat politique en ces temps de "communication" triomphante est tombé bien bas.

"Indignez-vous !"

[1]    Dernière heure (30/07/2011) On annonce à la radio la suppression de 4500 places d'hébergement d'urgence. Constat : c'est toujours CONTRE les mêmes que se font les économies ! Et on compte 2 millions de logements vacants dans  le pays !!!

 

 ***

Troy Davis

 

22 septembre 2011 (non, Tonton Georges, le 22 septembre aujourd'hui je ne m'en fous pas)

Juste quelques mots pour un... parmi tant d'autres. On ose à peine parler dans ces moments-là. Et honte à la puissance qui donne des leçons de droits de l'homme au monde avec une injection létale dans ses bagages.

 

La nuit dernière

Un homme est mort

Qu’avait-il fait ?

Que n’avait-il pas fait ?

Nul ne le sait

Hormis ceux qui savent

Ou croient savoir

Envers et contre tout

Envers et contre l'homme 

 

Un homme parmi les hommes

Frère des hommes fragiles

Qui se tiennent vivants

Et se soutiennent et s'aident 

Contre l’adversité

Contre le dernier mot

 

Un homme parmi les hommes

Et ne restent que les larmes 

  

Il est mort

Et ne restent que ceux

Qui ont permis cela 

Qui ont commis cela

 

Hommes inhumains...

A jamais

Guy Allix

 

 ***

 

Béranger simplement comme un superbe billet d'humeur ! avec la complicité de mon ami, Olivier Mélisse.

 

 Dure mère

 

François Béranger

 

 

Je vois une bouche qui s’ouvre

Comme un trou noir

Et qui n’a pas la force d’exhaler un cri.

Je crois voir un vieillard

Au visage ridé.

 

On me dit c’est un enfant, je n’en crois rien.

 

Bras et jambes squelettiques,

Ventre gonflé :

Qu’y a-t-il vraiment dans cette outre affamée ?

Des yeux immenses de pure souffrance :

Accusation au –delà de tout pardon.

 

Demain quatre milliards de crève-la-faim

Auront-ils seulement la force de rêver ?

De rêver qu’ils mangent un riche bien gras.

Un riche bien gras, bien rose,

 

Jusqu’à en crever.

 

Lui casser le crâne, percer la dure-mère,

Boire jusqu’à la lie la bonne matière grise.

Intelligence d’où n’est pas sorti

Le désir, la simple idée de partager.

 

Terre ! terre ! terre ! Ma terre !

Ma dure mère !

Qu’avons-nous fait de toi ?

Qu’avons-nous fait de nous ?

 

Qu’avons-nous fait ?

 

Sur nos belles routes, les paysans

Arrosent de pétrole leurs excédents.

Par millions de tonnes la bouffe invendue

Dort à jamais dans nos entrepôts géants.

 

Terre ! terre ! terre ! ma terre !

Ma dure-mère

Qu’avons- nous fait de toi ?

Qu’avons-nous fait de nous ?

 ***

 Stéphane Hessel

 

Bon ce grand monsieur nous a quittés. La seule mauvaise idée qu'il ait eue. Heureusement très tard. Et il avait su apprivoiser la camarde.

Je laisse ce mot de bonne humeur sur le site pour que sa vie si généreuse se poursuive comme elle se poursuivra chez tous ceux qui ont des valeurs. Même si cela devient rare même chez les poètes.

 

Pour une fois, il s’agit là d’un billet de bonne humeur, j’oserais dire d’amour. Voilà un monsieur de 93 ans, qui nous donne à tous des leçons de jeunesse, qui nous donne envie de vivre et de lutter pour un  monde meilleur, contre l’indifférence et la démission du plus grand nombre.

Stéphane Hessel nous rappelle l’héritage de tous ces hommes dont il fait partie et qui ont su en d’autres temps résister au péril de leur vie contre l'ignoble. L’héritage du Conseil national de la Résistance à préserver et à défendre contre ceux qui aujourd’hui le remettent en cause et qui collaborent ainsi à la barbarie financière imposée par les nantis à la planète entière.

Dois-je rappeler enfin ici que Stéphane Hessel est aussi un amoureux de la poésie !

N'est poète justement que celui qui a gardé intacte sa capacité d'indignation.   

Merci, Monsieur Hessel de résister encore et toujours et de nous montrer la voie de l’indignation.

Nous avons besoin de vous.

  

Indignez-vous et achetez Indignez-vous. Chaque livre acheté est comme une voix donnée à ce combat.

 

J'en profite pour signaler le site d'une très belle maison d'édition :

http://www.indigene-editions.fr/

en espérant que d'autres rejoignent "ceux qui marchent contre le vent".

 

« Comment conclure cet appel à s'indigner ? En rappelant encore que, à l'occasion du soixantième anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance, nous disions le 8 mars 2004, nous vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France libre (1940-1945), que certes « le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et sœurs de la Résistance et des Nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte ».

Non, cette menace n'a pas totalement disparu. Aussi, appelons-nous toujours à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »

À ceux et celles qui feront le XXIe siècle, nous disons avec notre affection :

« CRÉER, C'EST RÉSISTER. RÉSISTER, C'EST CRÉER. » »

Stéphane Hessel
 
A voir, à lire et à transmettre, les voeux de Stéphane Hessel sur Mediapart :
 

 A écouter Stéphane Hessel parlant avec une belle justesse de la poésie sur le site de mon amie Brigitte Maillard

http://www.mondeenpoesie.net/2011/01/stephane-hessel-en-poesie-aligre-fm-931.html

 

***

Une autre indignation

et donc un vrai billet d'humeur !

Stéphane Hessel contre le lobby Israélien

 

Mieux vaut tard que jamais...

Stéphane Hessel devait intervenir le 18 janvier à L'Ecole Normale Supérieure. Par suite de pressions du lobby pro-Israël le débat a été annulé pour la simple raison que Stéphane Hessel critique dans son petit livre la politique israélienne et défend un peuple opprimé. Le CRIF s'est félicité de cette censure et a remercié ceux qui étaient intervenus avec lui : Valérie Pécresse, Bernard Henry-Lévy, Alain Finkielkraut etc. Messieurs les censeurs, bonsoir ! Vous montrez là simplement votre insuffisance puisque, à court d'arguments et bien peu voltairiens assurément, vous refusez le débat ainsi que la parole de l'autre.

Nous sommes en démocratie, paraît-il... Je peux en effet critiquer la politique du Sénégal, de même, je peux dénoncer la politique des pays de Maghreb et leurs dirigeants (ce qui est courant ces temps-ci...) sans me faire taxer de raciste.

On admettra aussi que je m'interroge sur la politique de Monsieur Obama. Etc.

Mais voilà, depuis la création de l'état d'Israël, je ne peux juger négativement la politique de ce pays sans me faire taxer d'antisémite et sans encourir la censure.

Votre ficelle est bien grosse.

Il y a pourtant des gens qui, en Israël, s'opposent eux-mêmes à cette politique... Ces Israéliens seraient-ils antisémites ?

Jusqu'à quel degré de dictature "bien-pensante" nous poussera notre mauvaise conscience suite à l'holocauste ? Jusqu'à accepter, après avoir fermé les yeux devant tant de violations des résolutions de l'ONU, d'autres holocaustes ?

Devant un tel aveuglement, devant une si misérable mauvaise foi, la question mérite d'être posée.

 

***

 

Qu’ont-ils fait de ta parole ?

  

On lira, en bas de page, la belle et généreuse réponse de Dominique Daguet.

 

« Mgr Williamson persiste. L'évêque de la Fraternité saint Pie X avait mis en cause l'existence de chambres à gaz dans les camps d'extermination nazis dans un entretien à la télévision suédoise diffusé deux jours avant la publication le 24 janvier du décret levant l'excommunication. Dans une interview à paraître dans l’édition de ce lundi 9 févier du Spiegel, il déclare à nouveau : "Si je trouve des preuves alors je rectifierai [les propos tenus] mais cela prendra du temps.". Ces nouvelles déclarations constituent clairement une fin de non-recevoir au communiqué publié  à son intention par la secrétairerie d'État du Vatican le mercredi 4 février. Rome lui demandait de "prendre sans équivoque et publiquement ses distances" avec ses déclarations sur la Shoah, avant d'être admis aux fonctions épiscopales dans l'Église catholique. »

Site « La vie », 08 février 2009.

 

Comme l’indique un dessin d’un numéro récent du Canard enchaîné, l’utilisation des chambres à gaz pour l’extermination des juifs est plus facile à prouver que… l’existence de Dieu.

 

 « Et Jésus leur répondit : « Prenez garde qu’on ne vous abuse. Car il en viendra beaucoup sous mon nom, qui diront : « C’est moi le Christ », et ils abuseront bien des gens. »

Evangile selon Saint Matthieu

 

« Méfiez-vous des faux prophètes,  qui viennent vers vous déguisé en brebis mais qui au-dedans sont des loups rapaces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

Evangile selon Saint Matthieu

 

_ Tu avais dit : « Tu ne mentiras point. » et ils ont trompé en ton nom.

_ Tu avais dit : « Ne jugez pas afin de n’être pas jugés. » et ils ont jugé en ton nom. En ton nom, ils ont ôté la paille de l’œil du voisin et les pécheurs qu’ils sont ont jeté la première pierre sur la femme adultère.

_ Tu avais dit : « Ne vous amassez pas de trésor sur le terre. »  et ils ont thésaurisé en ton nom. En ton nom, ils se sont voués au lucre.

_ Tu avais dit : « En vérité je vous dis qu’un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux » et ils ont, en ton nom,  armé les riches contre les pauvres de corps, contre les pauvres en esprit. En ton nom, ils ont découragé les doux et les affligés 

_ Tu avais dit « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » et ils ont passé leur chemin devant le pauvre Job, et ils l’ont sali, en ton nom, de leurs commérages.

_ Tu avais dit « Tu honoreras ton père et ta mère. » et ils ont souillé, en ton nom, la poussière des aïeux.

_ Tu avais dit : « Tu ne tueras point. » et, en ton nom, ils ont tant massacré que Dieu lui-même ne saurait plus reconnaître les siens.

_ Tu avais envoyé douze brebis et ceux qui s’en réclament, en ton nom, pactisent avec les loups.

_ Tu avais chassé les marchands du temple et tu avais réclamé le secret. Ils ont, toujours en ton nom, édifié une assemblée de boutiquiers et ils ont jeuné et prié bien en vue aux carrefours.

_ Et ce peuple des chrétiens t’a honoré des lèvres… Pourtant leur cœur est loin de toi, le ver est dans le fruit.

Mais tu nous l’avais bien dit aussi, tu nous avais prévenus : il y aurait de faux prophètes. Mais où sont donc les vrais, dis-moi ? Tant d’hommes ont pris la parole, ont volé ta parole, ont déguisé ta bonne nouvelle et se sont travestis de mots apocryphes.

Où est donc ton royaume ? Où sont les vrais prophètes ?

Guy Allix, 30 janvier 2009

  

Le paradoxe du croyant

Croire en Dieu nous rend en général, à l’envers de ce qui est conseillé dans la bonne nouvelle, très orgueilleux et donc peu charitables. Croire en Darwin nous rend simplement plus humbles et donc beaucoup plus fraternels.

Guy Allix, 6 décembre 2011

 Cher Guy,

Votre texte m’a ému l’âme, si j’ose ainsi l’écrire, mais je puis vous dire qu’il y a de vrais prophètes, des âmes totalement données et qui ne jugent pas parce qu’elles aiment comme le Christ l’a enseigné et prouvé. Mais les prophètes ne se distinguent plus aujourd’hui par la force de leur voix, plutôt par l’intensité de leur silence.

Quand au royaume, cher Guy, il est déjà dans le cœur de celui qui l’attend d’un grand désir. Ensuite outre l’espace-temps…

Il vient de sortir un beau livre dont le titre seule interpelle : Célébration de l’ingratitude, avec notamment quelques pages fort belles sur le fils prodigue. Écrit par Dominique Ponnau.

Mais je crois que notre monde s’effondre, et il laissera place à ce que personne ne peut dire. Peut-être un chaos sans nom : et seule l’espérance permettra de le traverser.

Bien à vous,

Dominique Daguet

***

 

11 septembre... 1973

A l'heure du 10ème anniversaire du 11 septembre 2001, voici une petite piqûre de rappel avec ce lien qui expose ce que fut la terreur du 11 septembre... 1973.

Les terroristes d'alors, puisqu'il faut bien les appeler ainsi, puisqu'ils méritent largement cette appellation, s'appelaient Henry Kissinger, Richard Nixon, Augusto Pinochet.

Les terroristes d'alors appartenaient aussi à la C.I.A.

Ils osaient se déguiser « défenseurs de la liberté. » et peu ont osé dénoncer cette mascarade.

Les images ne tournèrent pas en boucle : cachez donc ce crime que je ne saurais voir... 

Ils n'ont jamais été inquiétés pour ces faits de barbarie et aucun journal ne titra "nous sommes tous chiliens".

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xdjxc_coup-d-etat-chili-1973_news

 

 

 

Il pleuvait sur Santiago. Oui, c'était l'autre 11 septembre : le 11 septembre 1973, une date qu'on n'a guère retenue. Il est vrai qu'en ce temps-là le matraquage télévisuel n'en était qu'à ses balbutiements et que les Etats-Unis étaient... du côté des terroristes. On a donc vite oublié. Pourtant le bilan de ce coup d'état, aidé par les Etats-Unis, est lui aussi bien lourd et même bien plus lourd que celui du 11 septembre 2001 :

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Coup_d'%C3%89tat_du_11_septembre_1973_au_Chili

 

 

2 279 morts et disparus dont 641 morts "dans des conditions non élucidées" et 957 "détenus disparus". Cette estimation aurait été portée à 3 197.

150 000 personnes emprisonnées pour des motifs politiques…

Près de 27.255 personnes ont été torturées.

Il y a eu des centaines de milliers d’exilés politiques...

 

Dont mon ami Alberto Cuadros qui fut emprisonné dans les geôles de Pinochet et qui vient marquer ce triste anniversaire d'un très beau poème que nous donnons à méditer pour les visiteurs du site à l’heure même où beaucoup voudront encore être Américains et où nous préférons être Chiliens avec un Pablo Neruda :

 

 

 

 

Lire Alberto Cuadros sur ce site :

http://guyallix.art.officelive.com/albertocuadros.aspx

 

 

 

 

 

 

 Vos réactions :

 

 

 

Merci pour ce message qui rappelle à juste titre le 11 septembre 1973....

 

Je me souviens d'abord et surtout de ce 11 septembre là ! D'abord et surtout parce que l'autre n'était que l'effet boomerang d'une certaine politique nord américaine  "la politique étrangère des Etats Unis, c'est la guerre " Noam Chomsky ! Parce que j'ai beaucoup accompagné, jusque sur scène, les artistes en exil (Quilapayun, Osvaldo Rodriguez, Isabel et Angel Parra, Illapu, LLaima, etc...) ! Parce que je lis toujours  Pablo Neruda  ; parce que j'ai traduit en son temps La Nouvelle Chanson Chilienne et passablement écrit à son propos (La Nouvelle Critique, Le Matin de Paris, Le journal du Théâtre de la Ville, Paroles et Musique, Une autre chanson...;  parce que j'ai fait trois voyages au Chili dans les années 1980 et.....parce que  j'écoute en ce moment le nouvel enregistrement des "Quilas" arrivé aujourd'hui jusqu'à Ty Nancien dans la valise de Victor Quezada, fils de Carlos Quezada, voix et percussionniste de l'ensemble. J'ai encore Le Chili au coeur. Le hasard tout de même...

 

Bien attentivement

 

Gérard Cléry

 

 

 

J'avais dix-neuf ans en septembre 1973 au Chili comme d'autres ont pu avoir vingt ans dans les Aurès. Loin de moi l'idée que le 11 septembre s'inscrirait par la haine, dans nos mémoires. J'avais applaudi à la victoire de Salvador Allende en 1970 quand il a accédé à la présidence de la République chilienne. Sans doute et tout simplement parce que mon cœur  penche à gauche et que j'observe de près ou de loin aussi, ce qui se passe dans le monde. De la géopolitique mais déjà un peu de géopoétique.

 

La violence avec laquelle le palais de la Moneda fut attaqué me mit dans la peine.  J'ai admiré la résistance du président Allende finalement renversé,  face à cette puissance qu'incarnent les Etats-Unis.  Mais à bien réfléchir. D'une junte militaire, d'une administration américaine conservatrice soucieuse de ses intérêts et lorgnant d'un mauvais oeil un régime socialiste au Chili, d'une multinationale qui a-t-on dit à l'époque, se serait mêlée à la chute de ce gouvernement, faut-il s'en étonner ?

 

Vingt-huit années après, New York tôt le matin,  la haine est de retour. Cette fois, sur le sol américain. Et sur ses tours. Avoir de la pitié pour ces milliers de morts anonymes, évidemment que oui. Ce sont toujours les innocents qui payent. Ceci est triste et intolérable. N'oublions pas que les USA ont toujours guerroyé sur des terres inconnues, exporté leur guerre que ce soit en Europe ou au Vietnam où ils se sont fait foutre lamentablement à la porte. Ils se sont imposés là où ils n'étaient pas d'accord, là où leur "american way of life" était menacé ou qu'il leur fallait l'imposer. C'est peut-être ce qu'a voulu dire au monde Ben Laden.

 

Je tenais à souligner ou rappeler ce fait d'histoire sans perdre de vue que toujours, c'est le peuple qui trinque, ce sont ceux qui n'ont rien à voir avec ces fous qui nous gouvernent, qui sont et seront les victimes.

 

Jean-Albert Guénégan

*** 

 

à la mémoire de Louis Lecoin, injustement oublié aujourd'hui ;

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Lecoin

 

 

 

 

 

Boris Vian nous a quittés depuis 50 ans déjà mais il reste malgré tout très présent. Notamment par cette chanson (écrite le 29 avril 1954, en pleine guerre d'Indochine) qui m'accompagne depuis 40 ans et que je voudrais inscrire comme un signe au devant de ce site. Je la donne à lire dans la première version que Boris ait écrite avant que Mouloudji ne suggère à l'auteur de L'écume des jours d'en changer la fin :

 

 

 

« La complainte qui va devenir un hymne pacifiste s'achève par un quatrain plutôt menaçant : 

 

Si vous me poursuivez

 

Prévenez vos gendarmes

 

Que j'emporte des armes

 

Et que je sais tirer.

 

Boris sent bien que cette chute est bizarre, qu'elle jure avec le reste. Mais elle lui est venue spontanément. Il n'est pas le premier pacifiste à vouloir utiliser les armes pour mieux se faire comprendre. Louis Lecoin, l'un des plus célèbres, excédé par ses contradicteurs, tira des coups de feu en l'air dans un congrès de la CGT en 1921...

 

C'est vrai que ce déserteur qui veut tuer des gendarmes pour ne pas aller se battre, c'est curieux. Mouloudji le lui fait remarquer; il est intéressé par la chanson mais n'approuve pas cette fin. Boris est d'accord avec lui. Cependant il bute dessus. Ils trouvent ensemble cette chute :

 

Si vous me poursuivez

 

Prévenez vos gendarmes

 

Que je n’aurai pas d’armes

 

Et qu’ils pourront tirer. »

 

Claire Julliard, Boris Vian, Folio biographies

 

 

 

 

 

Ce fait est attesté (1) depuis longtemps mais bien peu osent chanter le texte dans sa version primitive. Et pourtant quoi que puisse dire ou écrire Claire Julliard, la fin de la version primitive n’est pas plus "bizarre" que celle de la version seconde, loin s'en faut. En effet que signifie ce verbe "prévenir" quand il n’y a plus de danger pour les gendarmes ?… Cette fin proposée par Mouloudji... est, par la présence "bizarre" de ce verbe, un non-sens. Il n'est pas "curieux" par ailleurs de ne pas vouloir mourir sous les balles de la répression, de sauver sa peau simplement contre la barbarie et l'ignoble et ainsi de continuer à témoigner. Car ce déserteur s'impose bien dans le texte comme un témoin, comme un résistant. Le première fin est dans la continuité de la troisème strophe tout entière. Au moins si la première version s’en prend aux gendarmes, elle ne martyrise pas la langue avec ce qui m'apparaît comme une impropriété pour le verbe "prévenir" au moins dans son sens moderne (on prévient quelqu'un de quelque chose qui peut être fâcheux pour lui...).

 

Et l'on ne dira pas non plus que le mot "pacifiste" est synonyme de "poire" ou encore de "lapin" qu'on peut viser sans vergogne (n'est-ce pas Olivier ?) !

 

Il me plaît par ailleurs que cette chanson ait été écrite l'année du centenaire de l'auteur du "dormeur du val"... lui qui, comme Boris, n'atteignit pas les 40 ans. Comme une preuve que l'esprit de résistance traverse les siècles quand bien même ceux qui le portent ne font pas toujours de vieux os.

 

 

 

(1) Même si certains la contestent encore (voir le site http://www.swans.com/library/art13/xxx120.html), ce bien que Mouloudji lui-même l'ait confirmée lors d'une émission de variété consacrée aux plus grandes chansons françaises dans les années 80 ou 90 (je recherche l'enregistrement... Si un visiteur peut m'aider, merci d'avance)

 

Voir à ce sujet le site très bien documenté de professeurs d'histoire :

 

l'histgeobox: 153. Boris Vian:"le déserteur". 

 

 

 

 

 

À noter que Jean-Louis Trintignant, dans son spectacle sur les poètes libertaires, lit la version originale du Déserteur.

 

Merci et bravo à lui.

 

Je crois que ce spectacle que je n’ai pas pu voir encore et que je ne pourrai peut-être pas voir vaut la peine, que dis-je le bonheur d’y assister. Si vous y allez applaudissez Vian et Trintignant deux fois pour moi. (pour Trintignant, j'ajoute aussi une note au bas de cette page)

 

  

 

 

 

Le déserteur

 

       Boris Vian

 

  

 

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que j'emporte des armes
Et que je sais tirer

 

 

 

***

 

 

 

à mon ami Michel, insoumis en 1975

 

 et qui, capturé, fit une longue grève de la faim

 

pour échapper à la bêtise ignoble de l'uniforme.

 

 

 

En ce 11 novembre 2011, jour d'anesthésiante commémoration, je ne résiste pas au plaisir d'introduire après Le Déserteur cette autre chanson comme un immense pied de nez à cette grande boucherie de 14-18 où les puissants considéraient les pauvres poilus comme du bétail, de la chair à canon (mon grand-père maternel y était). Pauvres poilus tout juste bons à ramper et à crever comme des rats. Avec un humour féroce, cette chanson de Brassens est aussi finalement un immense pied de nez à toutes les guerres, à l'immonde et féroce, justement, bêtise des hommes et en particulier de ceux qui nous gouvernent. 

 

Je dédie aussi cette page à l'honneur de tous les fusillés de 14-18. Et je fais donc suivre la chanson de Brassens du chant de Craonne dans les deux versions. Les fusillés furent des milliers, sacrifiés sans aucun scrupule par leurs "chefs" militaires. Je hais les chefs ! 

 

 

 

 

 

La guerre de 14-18

 

 

 

 Depuis que l'homme écrit l'Histoire

Depuis qu'il bataille à cœur joie
Entre mille et une guerr' notoires
Si j'étais t'nu de faire un choix
A l'encontre du vieil Homère
Je déclarerais tout de suite:
"Moi, mon colon, cell' que j'préfère,
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit!"

Est-ce à dire que je méprise
Les nobles guerres de jadis
Que je m'soucie comm' d'un'cerise
De celle de soixante-dix?
Au contrair', je la révère
Et lui donne un satisfecit
Mais, mon colon, celle que j'préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs epées dans l'eau
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux
Leurs faits d'armes sont légendaires
Au garde-à-vous, je les félicite
Mais, mon colon, celle que j'préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

Bien sûr, celle de l'an quarante
Ne m'as pas tout à fait déçu
Elle fut longue et massacrante
Et je ne crache pas dessus
Mais à mon sens, elle ne vaut guère
Guèr' plus qu'un premier accessit
Moi, mon colon, celle que j' préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

Mon but n'est pas de chercher noise
Au guérillas, non, fichtre, non
Guerres saintes, guerres sournoises
Qui n'osent pas dire leur nom,
Chacune a quelque chos' pour plaire
Chacune a son petit mérite
Mais, mon colon, celle que j'préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

Du fond de son sac à malices
Mars va sans doute, à l'occasion,
En sortir une, un vrai délice
Qui me fera grosse impression
En attendant je persévère
A dir' que ma guerr' favorite
Cell', mon colon, que j'voudrais faire
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

 

Georges Brassens

 

  

 

La chanson de Craonne

 

 

 

Version de Paul Vaillant-Couturier

 

 

 

Quand au bout d'huit jours le r'pos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours, même sans trompettes
On s'en va là-haut en baissant la tête

- Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
Nous sommes les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et dans le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes

- Refrain -

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
Feraient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leur bien, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Tous les camarades sont enterrés là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là

- Refrain :
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève
Ce s'ra votre tour messieurs les gros
De monter sur l'plateau
Car si vous voulez faire la guerre
Payez-la de votre peau

 

 

 

 

 

La chanson de Craonne

 

 

 

Version de Henry Poulaille

 

 

 

Quand au bout d'huit jours le repos terminé
On va reprendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile
Mais c'est bien fini, on en a assez
Personne ne veut plus marcher
Et le cœur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots
Même sans tambours et sans trompettes
On s'en va là-bas en baissant la tête

- Refrain :
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes
C'est bien fini, c'est pour toujours
De cette guerre infâme
C'est à Craonne sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
C'est nous les sacrifiés

Huit jours de tranchée, huit jours de souffrance
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu'un qui s'avance
C'est un officier de chasseurs à pied
Qui vient pour nous remplacer
Doucement dans l'ombre sous la pluie qui tombe
Nos pauvr' remplaçants vont chercher leurs tombes

- Refrain -

C'est malheureux d'voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire
Si pour eux la vie est rose
Pour nous c'est pas la même chose
Au lieu d'se cacher tous ces embusqués
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendre leurs biens, car nous n'avons rien
Nous autres les pauv' purotins
Et les camarades sont étendus là
Pour défendr' les biens de ces messieurs là

- Refrain :
Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève
Mais c'est fini, nous, les trouffions
On va se mettre en grève
Ce sera vot' tour messieurs les gros
De monter sur l'plateau
Si vous voulez faire la guerre

 

 

 

Payez-la de votre peau

 

 

 

 

 

 

 

" La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas." Paul Valéry

 

  

 

Merci, Guy. J'ai largement diffusé autour de moi ton beau message. Je t'embrasse.

 

Alain Grandremy

 

Je hais les chefs aussi.

 

 Marie Bifarella

 

 Bien ! Une guerre encore plus stupide que les autres, s'il en est.

 

 Marilyse Leroux

 

 Cher Guy,

 

 Voici ce que disait Glenmor dans une chanson à propos du 11 nov

 

 « l'Hexagone a ses morts et beaucoup sont Bretons.

 

 Le 11 novembre en Bretagne est Fête nationale »

 

 Amitiés

 

 Bruno Geneste

 

 

 

C'est effectivement la chanson du jour ! Bravo Guy !!!
Oui, quelle immonde boucherie... Moi, c'est mon grand-père paternel qui y était. 3 ans de service militaire + 4 ans de guerre = 7 de ses jeunes années perdues.
Amicalement,

 

Pierre (Maubé)

 

 

 

Merci à Eva Joly pour son initiative ce même 11 novembre :

 

 

 

http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2011/11/11/eva-joly-plaide-pour-que-le-11-novembre-devienne-une-journee-pour-la-paix_1602612_1471069.html

 

 

 

 Les "patriotes" de tout poil hurlent au scandale car on porterait atteinte à la mémoire des combattants obligés (et drogués pour cela) qui ont "gagné la guerre par leur sacrifice". Ils oublient une chose : en 1918 nous avons finalement gagné ça, rançon de l'humilation, je dis bien ça, cette résistible ascension (voir B. Brecht) de la folie :

 

Hitler

 

 

 Et cette honte de l'humanité à jamais :

 

 

 

 

Camps

 

 

 

On pourra, pour finir, écouter Joan Baez dans cet autre hymne antimilitariste pour retrouver contre la folie des "hommes" un peu d'humanité :

 

http://www.youtube.com/watch?v=d13P7vhARJY

 

 

 

 

 

 

 

Fin après la fin...

 

Au sujet de Jean-Louis Trintignant que j’évoque plus haut je me permets de citer ce message que je reprends comme je l’ai trouvé (la "qualité" de l’orthographe rejoint très justement la "qualité" de la « réflexion ») sur un blog. Le comédien est pris à partie par une "fan" de "noir dez" au sujet de ses réactions et ses propos contre l’assassin de sa fille…

 

« Oups quelle horreur de lire ca, Monsieur Trintignant fait obstruction a la vie de Bertrand Cantat, oui, il a fait une bétise, (enorme), et a payé tres lourdement ca peine, il a perdu la femme qu'il aimé (par négligence en plus celle qu'il avait etait vraiment parfaite, pour échanger contre l'horreur), il a perdu ca mere quand il était incarcerait et ca femme (la vraie) ce suicide, vous voulez quoi de plus, il a bien souffert et il s'en voudra toute ca vie pour ce qu'il a fait, alors je crois que c bon foutait lui foutre la paie laissez le reprendre ca vie. Moi je suis une puriste de noir dez et je ne tolére pas qu'on s'acharne sur un homme qui a payé ca dette et qui plus ai paie encore par la bétise humaine. Financierement il a payé, de ca personne il a payé et dans ca tête il sera coupable, mais reliser l'equete un de ces fils était sur les lieux sans prevenir les secours ( non assistance a àpersonne en danger) finalement les trintignant son fauché ou quoi ?) Non maintenant si il a envie de monter un groupe moi je suis aux anges, tu me manques Bertrand j'ai besoin de ta voie de tes paroles, de tes combats merci pour tout et j'espere que le Grand Cantat renaitra de ses cendres (c mérité). Fan absolu isa »

 

 Pauvre fille !

 

C’est vraiment con le fanatisme : aussi con que l’armée !

 

Et la connerie du fanatisme pour les groupes rejoint aussi la connerie des supporters de foot.