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article paru dans Spered gouez n° 20 (bon de commande en fin de page)

Chronique avis de tempête

Le temps des marchands


A la mémoire de Pierre Barbéris


« La poésie qui triomphe aujourd'hui est emmerdante ». Ce jugement à l’emporte-pièce est de Michel Onfray. Je ne suis pas forcément un fan du personnage mais j’avoue, quitte à en choquer plus d’un, que je partage assez cet avis. Bon chacun ici pourra savoir qu’il y a des poètes contemporains que je défends ou que j’ai défendus sur mon site ou dans des chroniques diverses, ce même si j’ai pu me tromper, au moins une fois, mais je n’ai pas été le seul à être abusé par l’imposture. Fondamentalement « la poésie qui triomphe aujourd’hui » n’est plus habitée ou trop souvent quand elle semble l’être c’est faussement. « Poésie d’ameublement », dirait l’ami Gérard Cléry, quand à défaut de réelle émotion ou de réel amour, on n’en a plus qu’un simulacre obscène. Ou encore foutage de gueule, élevé au rang de grand art. On pourrait s’en prendre à la vague formaliste. Si ce n’est qu’elle a échoué depuis longtemps et a laissé finalement la plage libre. Il y a autre chose. Vraiment. Pendant longtemps j’ai considéré le poète comme un prince, un prince noir tel que mon grand maitre Pierre Barbéris, qui vient de mourir, en dressait le portrait dans Le prince et le marchand. Oui, il y avait là de la noblesse puisque, après tout, beaucoup de… gratuité. Et je n’ai pas changé d’avis. Cependant force est de constater que le prince a cédé la place au marchand. Autrefois, et il n’y a finalement pas si longtemps, le poète écrivait simplement. Il cherchait bien à publier, ce qui parfois certes pouvait entrainer de vagues compromis… qui n’étaient pas pour autant des compromissions. Mais enfin écrire était l’activité du poète, obligé par ailleurs pour subsister, mais aussi pour vivre vraiment et simplement parmi les hommes, de concilier l’écriture avec un « métier » et cela n’était en rien déshonorant, tout au contraire. Car de métier de poète il n’en existait pas, fort heureusement ! Sauf au sens où Boileau pouvait l’entendre. Aujourd’hui le poète s’est fait marchand donc ou pour le dire autrement : commercial. Il passe sa vie à ce métier qui consiste à placer ses petits poèmes : résidences d’auteurs, ateliers d’écriture, conférences vaguement improvisées, lectures non préparées où l’on se contente de tourner les pages d’un livre, poésie-spectacle reposant sur des pitreries verbales, tout cela fort bien rémunéré dans la « société du spectacle » justement… par nos impôts via des subventions d’état ou autres bourses. Et notre « professionnel » n’a plus le temps de remettre cent fois l’ouvrage sur le… « métier ». Il multiplie les recueils bâclés comme il multiplie les intrigues et les magouilles et les combines. Il faut se placer coûte que coûte et plus rien n’est gratuit. Celui qui « consacre sa vie à la poésie » (comme d’aucuns croient) alors ne consacre de fait sa vie qu’à son immense ego, quand bien même il promeut d’autres poètes… qui le lui rendront bien. Il la consacre même, sa vie inhabitée de vraie vie, à une quête éperdue de… l’argent. Il devient alors simplement un poète commercial, pardon pour l’oxymore. Et s’il sacrifie quelque chose (au goût du jour…) c’est la poésie elle-même. Poète à la mode. Pardon encore pour cette manière d’oxymore… La modernité réduite à la mode bien loin du vœu de Rimbaud pour qui la poésie se devait d’être « en avant ».

Bien loin en tout cas de ce que je considère toujours comme l’éthique de l’écriture nécessairement libertaire et incorruptible.

Oui, quand la « poésie », comme l’« art », est devenue un marché, le « poète », comme l’« artiste » n’est plus qu’un habile marchand. Comme Marie-Josée Christien le suggère (revue « Sémaphore »), il ne vit plus « en poésie » mais il vit « de la poésie ».

Et le prince noir dans sa solitude féconde attend le retour du jour.

© Guy Allix

 

L'ami Jean-Luc Pouliquen me signale un compte-rendu de Ghislaine Lejard sur Paroles de poètes poètes sur parole de lui-même et de Philippe Tancelin, compte-rendu que je n'avais pas vu et qui est paru dans "Recours au poème".

Je me permets d'en reprendre un extrait tout à fait en concordance, jusque dans les expressions opposées et pesées, avec mon propos dans "Le temps des marchands" :

"Gardons ce qui était de règle, la séparation des genres : «  C’est ainsi que cela fonctionnait auparavant, les poètes avaient une activité professionnelle et à côté la poésie dont ils    pouvaient s’occuper en toute liberté et indépendance. J’ai l’impression qu’elle ne s’en est pas trop mal portée. » J.L Pouliquen (p.76). Il faut vivre en poésie et non vivre de poésie. Elle ne sera jamais marchandise car elle n’est pas objet comme la peinture ou la sculpture. Elle est comme le disait la revue Fontaine (N° mars-avril 1942) « un exercice spirituel »."

 

Quelques réactions :

"Juste rappeler René  qui aimait tancer les intervieweurs : "On ne vit pas DE la poésie, Monsieur, on vit AVEC la poésie".." Guénane

"Je suis plutôt d'accord avec le ton de ton article, cher Guy.
Mais d'une façon générale, c'est toute la littérature qui est marquée par l'ennui.
Le poème est devenu une marchandise, comme le reste, et l'existence, son noyau d'enfance, est bafouée dans nos démocraties en phase terminale.
Gardons le cap pourtant... Métier d'homme si difficile.
Avec amitié"
Pascal Boulanger

 

Voir le lien suivant avec un bel article de l'ami Michel Baglin sur le site de Texture :

 http://revue-texture.fr/Poete-n-est-pas-un-metier.html

 

Et cet autre lien (article de Ghislaine Lejard qui renvoie à une analyse convergeante elle aussi dans un échange entre Jean-Luc Pouliquen et Philippe Tancelin : Paroles de poète, Poètes sur parole (éditions L'harmattan) sur Recours au poème :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/paroles-de-po%C3%A8tes-po%C3%A8tes-sur-parole-de-jl-pouliquen-et-p-tancelin/ghislaine-lejard

"Gardons ce qui était de règle, la séparation des genres : «  C’est ainsi que cela fonctionnait auparavant, les poètes avaient une activité professionnelle et à côté la poésie dont ils  pouvaient s’occuper en toute liberté et indépendance. J’ai l’impression qu’elle ne s’en est pas trop mal portée. » J.L Pouliquen (p.76). Il faut vivre en poésie et non vivre de poésie. Elle ne sera jamais marchandise car elle n’est pas objet comme la peinture ou la sculpture. Elle est comme le disait la revue Fontaine (N° mars-avril 1942) « un exercice spirituel »." (citation de l'article de Ghislaine Lejard que l'on trouve dans le lien précédent)
Merci à Jean-Luc de me l'avoir signalé.
Toujours dans les réactions à cet article, Marie-Josée m'a envoyé il y une quinzaine de jours cette chronique de Jean-Marie Gilory dans "7 à dire". Merci à vous Jean-Marie, vous devez être queqlu'un de bien aussi.

7_à_dire_n°_63,_Gil%0d%0a ory



 

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Bon à expédier à : Marie-Josée Christien, 7 allée Nathalie Lemel, 29000 Quimper.