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Guy Allix, poète

Guy Allix, poète
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29 novembre 2025

Un nouvel article de Jeanne Orient sur Précaire

Un article de Jeanne Orient sur Précaire

 

Mon recueil, Précaire, continue son chemin vers les lecteurs. Ainsi avec ce très émouvant article de l'amie Jeanne Orient qui me gratifie au passage du titre de "magnifique errant", moi, l'humble trouvère. Bien sûr, "le petit joueur de fluteau" rougit quelque peu et continue son modeste sentier de terre. Cette "terre remuée de tous ses poèmes". 

Mais il remercie chaleureusement l'amie qui, simplement, sait parler avec une vraie ferveur de son recueil.

 

Précaire…

« Jamais je n’aurais cru qu’il pût y avoir autant de sang dans une maman… »*

Cette phrase lancée par Guy Allix, jadis, comme un aveu originel, fissure d’une façon implacable toute la vie de Guy Allix. 

Elle devient la terre remuée de tous ses poèmes. Elle devient le vent d’errance qui l’habite à chaque fois qu’il disparaît. 

Elle a indéniablement tissé le titre de son  nouveau recueil *Précaire*.

Dans ce recueil, chaque page est un espace dépouillé.

Le poète avance dans ce vide. Il observe, il nomme, il expose ce qui vacille, ce qui manque, ce qui pourrait s’effondrer à tout instant. 

Et pourtant, paradoxalement, tout tient. Tout est tenu par le rythme des mots, par la précision des images, par ce fil poétique qui agit comme un levier invisible.

*Précaire, c’est aussi comme une grande correspondance unilatérale et un peu testamentaire. Des chapitres pour raconter, pour expliquer tout le manque, toutes les absences, mais aussi de très belles pages de remerciements à tous ceux qui ont compté pour le poète. 

La langue est tremblante mais rigoureuse, comme si chaque mot devait tenir le monde à bout de souffle. Comme si chaque phrase devait faire office de pont au-dessus du vide.

Tout dans ce recueil est une leçon d’abandon maîtrisé.

Le poète ne cherche ni la consolation ni l’illusion.

Il a pour harnais le poème : 

[…] Que tu filtres la parole

De ce même fil sombre

Qui vient coudre les lèvres

Jusqu’à ce cri sourd

Où suinte l’essentielle absence […]

Tout est dit ou presque. Le harnais s’use avec le temps mais il tient encore. 

Et puis, il y a des souvenirs qui portent des images, ainsi  cette jeune femme sur une terrasse  et des rires que l’ombre a rattrapés trop vite. Et une autre qui me touche particulièrement, c’est celle d’un ami trop tôt disparu et qui nous laisse un paysage incendié. 

*Précaire* est un livre où la frugalité est de mise. Elle suffit à tenir le fil de vie.

Et sur une page blanche et dépouillée, ces mots :

« Seule la tendresse parfois te met à l’heure du monde… »

Et bouleversés nous refermons avec précaution le recueil.

Un homme *Précaire* continue de se dépouiller. 

Et ces mots magnifiques de la Préface signée Adam Katzman comme pour continuer de faire escorte à ce « magnifique errant » :

[…] Aussi longtemps que ta guitare sera bien accordée, toi, Guy le poète voyageur, tu sauras prendre le vent pour y lancer les mots très simples de ta poésie, pour faire évoluer dans le ciel le cerf-volant de tes phrases implacablement  justes et vraies pour les faire claquer dans l’azur. Pas pour nous épater, pas pour nous en imposer, pas pour la gloire. Juste parce qu’il doit en être ainsi, par fidélité, par amour, pour tes amis et les femmes qui t’ont aimé et qui continuent de t’aimer […]**

Guy Allix, *Précaire*, Jacques André Editeur

**Lumineuse Préface d’Adam Katzman

* Tirée de Maman, j’ai oublié le titre de notre histoire

Jeanne Orient, Blog « Au fil des mots » 28 novembre 2025 

Chronique de Jeanne Orient sur Précaire. Au fil des mots

 

 

 

29 novembre 2025

Un article de Jacques Ibanès sur Précaire

 

Un article de Jacques Ibanès sur Précaire

 

PRÉCAIRE DE GUY ALLIX

Le poème attend son poète au coin du bois comme l’oiseau de Prévert. Il met parfois « de longues années avant de se décider ». Il ne faut pas le forcer et attendre.

Voilà sept années que Guy Allix fourbissait son petit arsenal qu’il nous livre sous un titre qui ressemble tant à ce qu'est tout un chacun : « précaire ». Avec un « p » minuscule pour en souligner plus encore la modestie.

Dans ce nouveau recueil, tout comme dans les précédents, Guy obéit à une nécessité intérieure : celle de se livrer tout entier, sans fioritures et sans tricherie : « Le poème ce ne peut être que cette urgence / qui te foudroie ».

De quoi nous parle-t-il ? De l’humaine condition faite de naufrage et de fragilité avec pour horizon commun, la mort « ce maître / Dont je ne serai libéré qu’à l’instant ultime ».

La tonalité d’ensemble paraît sombre de prime abord : « Le désespoir n’est que dents / Qui grignotent ta voix en toi / Jusqu’à l’usure » . C’est que notre  tipouèt  comme il aime se nommer, est la lucidité même, celle d’un « passant dérisoire » qui traverse le temps.

Face au mal de vivre, il oppose les trois pôles cardinaux qui lui servent d’appuis pour tailler sa route.

D’abord le pays d’enfance qu’avec des accents à la Cadou il fait le refuge primordial de son moi profond.

Puis l’amitié, celle des « frères choisis qui me choisissent aussi ».

Enfin l’amour, la botte secrète qui permet de survivre tant bien que mal, l’amour « lutte désespérée », pourvoyeuse de tendresse et de baume à apaiser les plaies. Car le mal de vivre, malgré tout, recèle en lui une « blessure heureuse » qui engage à poursuivre la quête.

Guy Allix parcourt ainsi son chemin de vie en en endossant toute la complexité et en jouant, en musicien qu’il est, de la gamme des pronoms personnels. Il est le plus souvent le « je » qui se projette, et le « tu » qui ne cesse de patrouiller sans complaisance et à fleur de peau dans son intimité. Il est parfois le « il » qui prend un peu de hauteur car il se sait « Simple locataire de la vie qui va en tous lieux / Sans plus tenir autre chose que ce vent entre les oreilles », et aussi le « nous » qui enveloppe ses frères humains, tous soumis à la même finitude : « Et nous entrerons ensemble dans l’ultime fragilité ».

Précaire est le cri primal d’un poète qui nous met face à ce qui nous taraude.                                    Il nous émeut profondément.

     Jacques Ibanès, Texture 21 Octobre 2025

 

Précaire, 92 p. 14€ (Jacques André éditeur)

 

29 novembre 2025

Un article de Jacques Morin sur Précaire

 

Un article de Jacques Morin

(Décharge, 28 août 2025)

Guy Allix : Précaire (Jacques André éditeur)

 

Cela faisait sept ans que Guy Allix n’avait sorti de recueil.
On retrouve ce même ton, cette même intention d’aller planter sa plume au plus profond de l’entaille que fore sa poésie et qui fondent son identité d’écriture.

On pourrait tenter de qualifier cette zone sensible de "lyrisme paradoxal". Le titre qu’il a choisi est en soi une signature. L’autre mot en balance, plus souvent présent dans le corps du recueil, serait fragile ou fragilité, (jusqu’à en faire l’éloge). Lequel se trouve toujours en rapport avec l’abîme ou le vide. D’autres mots se rapprochent : le naufragé ou L’infirme :

Tu n’embrasses jamais qu’absence
et qu’injuste défaite.

On est en effet à la limite d’une plainte continue, qui pourrait se résumer à cet oxymore :

une blessure heureuse.

L’expression définirait bien l’opposition entre le locataire de la vie qui ne possède rien et ce jeu de mots sur les verbes : tenir / retenir / contenir, mettant en relief et en équilibre ce qui est aussi bien interne qu’extérieur.

Un moment, une sorte d’explication semble prendre jour : Ta vie s’est faite sans toi avec deux mots qui en posent les symptômes dans les vers suivants : 

dépossession et aliénation.

À la page qui suit on trouve aussi cette reprise :

tu ne sais que cette absence
Ton seul lieu.

Puis cette fin de poème plus loin :

Si aliéné que je suis passé
à côté de tout ce que je voulais étreindre

Enfin ces deux vers postérieurs en forme de bilan :

Je n’étais pas fait pour vivre ici

Je n’étais que ce passage sans passage

Tant et si bien qu’il peut conclure par cette comparaison :

Comme une illusion de vivre

Bien sûr, il y a constamment l’opposition fondatrice entre la vie et la mort. Et les années avançant, celle-ci devient plus aiguë et plus prégnante.

Tu écris au couteau sur cette nuit qui vient t’étouffer

Tu traces le dernier souffle

Restent trois domaines salvateurs : l’enfance, l’amitié (l’ultime refuge de la vraie vie) et l’amour. Guy Allix, éternel sentimental. Et toujours ce doute majuscule dès les exergues :

…l’essentiel / D’aimer vainement.

Avec parfois en outre des images surprenantes : tu bordes le lit et plus loin en écho : tu plies le linge de la nuit…, voire Ces draps qui t’appellent de leurs bras...

Le recueil commence par un « nous » qui semble général puis on passe aussitôt à un « tu », reflet en fait d’un « je » omniprésent.

Guy Allix n’aura eu de cesse de circonscrire cette crête aux versants de la souffrance et du bonheur, une quête de longue haleine que le poème lui donne rarement l’impression d’avoir atteint.

Sa poésie se situe dans ce dénuement, cette innocence extrêmes, aussitôt remis en cause.

Tu es le terrassier le plus obscur

L’assoiffé de lumière.

Jacques Morin, Décharge, 28 août 2025

14 €. 7, avenue de Lattre de Tassigny - 47200 Marmande.

 

 

 

 

1 septembre 2025

Précaire, nouveau recueil de Guy Allix

Avis de parution de mon nouveau recueil, Précaire, publié chez Jacques André éditeur.

Tout est dit dans ce très bel avis de parution de l'éditeur.

Vous pouvez commander directement chez l'éditeur ou passer directement commande chez  votre libraire.

 

« Merci pour ces poèmes de Solitudes que je viens de recevoir et que je commence à lire avec émotion — car votre poésie me semble parfois jaillir comme d'une blessure le sang. Votre voix est amour et douleur. »

Georges-Emmanuel Clancier, lettre, 1999

 

 

« Cher Guy, Le sang le soir est très beau, peut-être le plus beau de vos livres. Le poème que vous m’avez dédié m’atteint particulièrement. Il contient l’essence même de l’inspiration du recueil, plus sombre, plus déchiré que naguère même si l’amour a le dernier mot. Bien sûr toujours n’écrire qu’à la marge.

Fraternellement. »

Annie Ernaux, lettre du 11 mai 2015 

 

En exergue au recueil, cet extrait d'un poème dédié à Annie Ernaux

Et c’est la vraie force

D’aimer sans autre force

Sans autre espoir

De consacrer l’essentiel du souffle

À l’éphémère

D’aimer vainement

Le sang le soir

13 mars 2025

Femme vie liberté : en finir avec l'apartheid de genre

Femme Vie liberté

En finir avec l'apartheid de genre !

 

On a célébré il y a quelques jours "La journée internationale des droits des femmes"... "Journée internationale" mais pourtant bien silencieuse dans certains pays. Et peu de déclarations ou d'informations en France autour de la condition des femmes de ces mêmes pays (on trouve heureusement, par exemple, l'interview de la grande résistante Narges Mohammadi, prix Nobel de la Paix 2023, dans le Charlie-Hebdo du 5 mars) . Mais dans l'ensemble, le silence et, j'ose le dire, surtout à gauche et à l'extrême gauche là où l'on attendrait une option plus... combative et de gauche puisqu'il s'agit bien de lutter contre la cruelle injustice qui, dans ces théocraties obscurantistes, prive une grande moitié de la population des droits les plus fondamentaux1. Par ailleurs certaines femmes en Iran s'étonnent aussi du silence des féministes en France.

Il faut cependant tempérer ce jugement un peu rapide : l'une de nos féministes françaises a bien dit que "le voile était un embellissement pour les femmes" (sic) ! Bel embellissement que celui qui consiste à cacher la beauté ! Donc ce n'est pas tout à fait un silence comme vous pouvez en juger, c'est pire ! Mais pourquoi cette "féministe" ne s'embellit-elle pas comme ça et pourquoi ne part-elle pas vivre en Afghanistan, là où elle pourrait se faire très belle à longueur de temps en se déguisant en fantôme noir ? Car bien sûr, en Afghanistan, on s'étonne aussi de ce silence assourdissant dont nous aurons honte un jour. Car, oui, nous aurons honte un jour de notre indifférence abjecte : "Parce que tout le monde s'en fiche des femmes afghanes, tout le monde s'en fiche des droits humains dans ce pays" Hamida Aman, France-Culture 1er septembre 2024.

En Iran et en Afghanistan nous avons bien affaire à un apartheid - et d'autres pays bien sûr sont aussi concernés - même si ce mot afrikaans a d'abord été rattaché à la ségrégation purement raciale. Il signifie bien à l'origine "séparation" et peut être utilisé aussi bien pour les séparations des genres que des races. Nous avons bien dans ces pays une séparation des genre. Et ce n'est pas minimiser l'apartheid d'Afrique du sud que de dire que cet apartheid de genre en Iran et en Afghanistan est encore plus inhumain et révoltant. Ainsi en Afghanistan les femmes n'ont qu'un seul droit, en dehors du droit de respirer2, celui de se voiler, et donc - le mot le dit assez - de  s'invisibiliser : cachez ces femmes que je ne saurais voir ! Invisibiliser les femmes afin de "prévenir le vice", ce qui montre que ces ayatollah ne sont pas seulement séniles : ils sont proprement, si j'ose dire, obsédés ! C'est vrai que l'alliance de la sénilité et de l'obsession sexuelle est, de leur point de vue, peut-être assez difficile à vivre.

Mais pour dénoncer l'arbitraire, l'injustice, la cruauté de ce régime d'un autre temps, on peut se demander s'il n'est pas aussi plus utile d'en montrer l'extrême ridicule. On peut se contenter de rappeler deux ou trois de ces interdits promulgués et qui mériteraient d'être présentés dans un futur concours international de la bêtise humaine qui est à inventer. Mais c'est vrai qu'il y a aussi d'autres candidats. Ainsi le malade mental et exempté de justice qui préside désormais les USA.

Tout d'abord ce rappel à l'heure où nous vivons en France "Le Printemps des poètes" : Le ministère de la Justice taliban a promulgué une nouvelle loi pour "promouvoir la vertu et prévenir le vice", loi qui interdit aux femmes de chanter et de réciter de la poésie en public (France Info, 26 août 2024). Des poètes, comme l'ami Jean-Pierre Siméon, pourront certes me rétorquer que cela montre le pouvoir de résistance de la poésie, pouvoir que je reconnais biens sûr, mais je doute fort que ces horribles barbus aient bien conscience de ce pouvoir. Il ne s'agit pour eux que de faire taire les femmes qui doivent être invisibles et silencieuses : il faut ne pas les voir et ne pas les entendre : faites taire ces femmes que je ne saurais entendre. Et pour eux la chanson et la poésie peuvent surtout être des armes de séduction et donc du "vice". Car tout est vice pour les vicieux.

Voilà un interdit qui mériterait une belle médaille aux J.O. de la bêtise.      

Par ailleurs, En Iran, on s'est demandé à un moment si les femmes avaient le droit de faire du vélo. Oh non pas des courses cyclistes bien sûr ! car la tenue légère ne serait pas admise. Non, simplement du vélo pour se déplacer d'un lieu à un autre, et donc en public bien sûr, même si on imagine aisément que ce ne doit pas être simple en tchador. Il semblait a priori qu'il n'y avait aucun interdit et ce, selon une déclaration d'Ali Khamenei lui-même. On lui a donc demandé de préciser sa pensée : "Les femmes peuvent faire du vélo, du moment que ce n'est pas en public". (France Inter, 15 juin 2017). Le vélo d'appartement semble donc autorisé ! Qui nous disait que ce régime s'en prenait aux droits des femmes ? Encore une infox ?

Le guide suprême semble bien placé pour remporter la médaille d'or des J.O. de la bêtise. 

Mais, dans la série "toujours plus et toujours pire", on se demande quand même  si ce n'est pas cette autre loi qui va remporter ces J.O. d'un nouveau genre : 

En Afghanistan, "les talibans avaient surpris en annonçant un autre décret liberticide : interdire les fenêtres dans les espaces domestiques fréquentés par les femmes, comme les cuisines, pour empêcher qu'elles ne soient visibles de l'extérieur." (Le Monde, 2 janvier 2025). 

Imaginer que les hommes fantasment en regardant à travers les fenêtres les femmes cuisiner ! L'imagination de ces horribles barbus est sans limites, comme la bêtise ! La médaille d'or pour eux ?

Oui, la satire, comme le dessin satirique, est nécessaire aussi pour tenter de mettre fin à ces délires obscurantistes et à cette cruauté inouïe envers les femmes, quand les simples faits rapportés ne suffisent pas.

Ainsi l'information sur la mort de Mahsa Jina Amini a permis certes à un énorme mouvement de se lever en Iran : "Femme Vie Liberté". Mais le pouvoir iranien et sa folie sont toujours là tandis que, lors des manifestations, plus de 500 personnes, dont 71 mineurs, ont été tuées et il y a eu des centaines de blessés, des milliers d'arrestations, et des exécutions. 

Et la grande Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023 suite à son long combat contre l'ignoble et l'arbitraire, Narges Mohammadi qui "a bénéficié d'une suspension temporaire de peine après une opération chirurgicale" (Charlie hebdo, 5 mars 2025) risque une arrestation imminente.

Il faut saluer aussi le courage de Ahou Daryaei qui a su montrer tout le ridicule de la répression des mollah. Parce qu'elle ne portait pas correctement la cagoule réglementaire  couvrant les cheveux, les oreilles et le cou, la milice lui a déchiré des vêtements ! Alors, elle a simplement continué dans la rue le "travail" des miliciens : elle a enlevé ses vêtements un à un et s'est promenée presque nue avant, suprême insulte contre ses agresseurs, d'enlever même sa culotte au moment où on l'arrêtait sans ménagement. Oui, Ahou, avec son courage, a, par son geste, écrit une véritable satire de ce régime !

Elle a été ensuite détenue dans un établissement psychiatrique.

Selon "Le Point" (19 novembre 2024) elle aurait été libérée et non poursuivie car déclarée "malade" par l'établissement psychiatrique où elle était internée. Même méthode dans tous les régimes arbitraires dirigés par des "malades".         

Bravo à toutes ces femmes qui luttent avec un tel courage dans ces dictatures obscurantistes (et encore une fois il y a bien d'autres exemples d'apartheids de genre !). Elles montrent l'exemple et des hommes en Iran se joignent heureusement à elles dans les manifestations et meurent aussi. 

Mais trop rares sont celles et ceux qui pourraient, ici, protester et appuyer ce combat. Pourquoi ce silence de celles et ceux qui sont si prompts pour dénoncer, fort justement d'ailleurs, un assassinat politique ou racial ici et n'osent se lever contre l'assassinat de plus de 500 personnes en Iran après la mort de Mahsa Jina Amini, elle-même assassinée ? Pourquoi ce silence de celles qui se sont révoltées, très justement là encore, lors du mouvement MeToo ? Est-ce simplement la peur devant des régimes qui n'hésitent pas à commanditer des actes terroristes ailleurs ? Est-ce simplement aussi cette censure à bas bruit qui interdit désormais de critiquer une religion dans le pays de Voltaire - ce serait du "racisme", paraît-il ? Est-ce aussi ce clientélisme de certains politiques ?

Et, en période d'actualité surchargée, avec les deux clowns nazis3 des USA (et leurs serviteurs) et l'impérialiste terroriste et criminel russe (et son serviteur américain), je vois déjà les objections ici et là pour censurer la question qui est posée ici : "il y a plus urgent et nous sommes devant des risques de guerre. La question du sort des femmes dans ces pays est secondaire : on verra ça après." Ce cynisme est encore possible, hélas ! Ce ne serait jamais le moment d'en parler et de se révolter.

Mais oui, je le répète : nous aurons honte un jour de notre silence et de notre indifférence abjecte. Et il faut se rappeler simplement que la lutte pour l'amélioration de la condition des femmes ici passe aussi par la lutte pour l'amélioration de la condition des femmes ailleurs et partout dans le monde.

Guy Allix  

 

1) Il est aussi avéré que de grandes figures intellectuelles de la gauche française étaient allées encourager l'ayatollah Khomeyni et sa "révolution" à la fin des années 70 dans sa résidence de Neauphle-le-château.  

2) "Le seul droit qu'on nous laisse c'est de respirer", explique la journaliste afghane Hamida Aman." (France-culture, 1er septembre 2024)

3) Qui revendiquent un masculinisme fortement décomplexé. Et l'expression sordide de Trump "attraper les femmes par la chatte", qui montre tout son mépris des femmes, n'a même pas empêché son élection en 2016.

 

 

24 août 2024

Catherine Ribeiro : La rebelle intégrale

Catherine Ribeiro : La rebelle intégrale

 

Catherine est donc morte ce 23 août 2024. Elle a rejoint les grandes voix de la chanson et les amoureux et les amoureuses de la poésie.  Et, pour citer un exemple en poésie chez Catherine, "Racines", mis en musique par Anne Sylvestre, est un véritable poème tout plein de foi en la vie. Et foi aussi en l'amour et la liberté. "Ecrivez... le poème est porteur de vie." m'écrivait-elle en dédicace de Fenêtre ardente.

C'est pour moi une longue histoire déjà depuis la rencontre d'une certaine Marie, tout aussi belle et rebelle que Catherine, à Montmartre le 3 mars 1974, jour où je venais d'acquérir ma première guitare (oui, je me rappelle précisément la date). Marie, une "routarde", proche, par certains aspects, du personnage de Sans Toit ni loi d'Agnès Varda. Elle allait de ville en ville avec un sac à dos bien patiné déjà. Il ne contenait quasiment qu'un vinyle 30 cm dédicacé par Catherine. J'étais rebelle comme elle mais une mauvaise rencontre un peu plus tard a castré cette rebellion pour longtemps. Et j'en ai eu toujours honte comme j'ai eu honte d'avoir quitté mes amis pour un mirage.

Marie, l'amour mythique de ma jeunesse. Nous avions mélangé nos vingt ans dans une histoire d'amour qui ne promettait rien mais qui respectait l'autre et sa liberté. "Nous nous aimions mais nous aimions encore plus la liberté" comme je le lirai plus tard dans un poème d'élève de collège. Marie m'a appris Catherine, qu'elle avait rencontrée avec le groupe Alpes, et nous faisions l'amour... en écoutant sa voix forte et terriblement envoûtante. Catherine a sans doute aussi rejoint ma belle Marie dont la fièvre et l'exigence ne pouvaient s'accommoder d'une vie longue.

Je dis souvent "la grande Catherine" car oui, c'est une très grande et indépendante et inclassable à jamais. Une grande voix chanteuse de l'amour et de la révolte. Auteure de chansons magnifiques mais aussi interprète de reprises magistrales de Piaf, de Ferré, de Ferrat chantant Aragon, de Brel etc. (voir son album "L'amour au Nus") Oh "La mémoire et la mer" chantée par Catherine ! Et puis il y a encore toute cette période musicalement très puissante avec le groupe Alpes. Et ses nombreux engagements libertaires, sa saine intransigeance.

J'ai finalement croisé Catherine plus tard, tout bêtement sur les réseaux dits sociaux avant que je m'éloigne définitivement de ceux-ci et qu'elle ferme ses deux profils aussi. Nous aurons plusieurs échanges par mails et en messagerie, des commandes aussi et quelques échanges téléphoniques dont un de deux bonnes heures qui est inoubliable pour moi. Il y eut sa grande peine pour la mort de sa fille, il y eut son grand désarroi après l'attentat contre Charlie. A cette époque Catherine ne sortait plus même de chez elle et ne répondait aux interviews que par téléphone.

Un jour, suite à l'envoi d'un ensemble de mes poèmes lus par une amie, elle me proposa de lire mes poèmes "avec un magnéto de mode qualité" (voir plus bas dans mes échanges avec Catherine). C'était certes un grand bonheur pour moi mais je n'avais pas alors les moyens d'obtenir ce magnétophone ni ceux de la rétribuer comme il aurait été décent de le faire - quand bien même elle n'abordait pas cet aspect dans son mail - Je me suis vu contraint de refuser cet immense cadeau en lui expliquant les raisons de mon refus et Catherine dut m'en vouloir un peu et se fit un moment plus silencieuse. Il y eut cependant un très émouvant échange après l'attentat odieux contre Charlie-Hebdo, elle me confiait, quelques jours après le 7 janvier 2015, son immense désarroi et sa douleur (voir plus bas). Elle affirmait encore cependant son "désir de VIVRE". Et, en 2019, elle posta sur fesse de bouc ;) un petit éloge du livre de ""son" ami Guy Allix et de Michel Baglin" sur Georges Brassens. Nous eûmes alors un dernier échange chaleureux. Puis il y eut les AVC, ses nouvelles souffrances et je me suis retrouvé bientôt sans adresse mail et sans numéro de téléphone. J'eus aussi des retours de courrier de son adresse postale à Sedan. Comme si elle avait disparu en mer. Plus rien donc. Plus aucun fil entre nous. Seuls restaient sa voix et ses écrits, présents à jamais.

Et je l'entends encore cette voix au téléphone et son rire quand je lui confiais que Marie et moi nous nous aimions en écoutant ses chansons (lors de la grande période du groupe Alpes). C'était, pour cette amoureuse de l'amour et de la sensualité, un merveilleux hommage en fait que je lui rendais avec ce témoignage très intime. 

Merci Catherine pour tout ce que vous avez donné (nous nous sommes toujours vouvoyés...) car vous donniez sans cesse. Votre voix, votre amour, votre juste révolte, vos mots. Embrassez Marie pour moi et dites-lui qu'elle fut une grande part du meilleur de ma belle jeunesse. Et remerciez-la de ce cadeau énorme qu'elle m'avait fait : connaître l'oeuvre de Catherine Ribeiro.

Car je sais que vous vous retrouvez toutes deux, non pas dans ce paradis illusoire des croyants, mais dans ce simple océan d'amour, de vérité et de justice qui réunit ceux qui aiment.    

Guy Allix

 

 

 

 

 

Petite correspondance avec Catherine

 

 

 

 

 

 

 

Racines

 

 

Je ne crois pas en Dieu

L'infiniment puissant

Parce que je crois en l'homme

A son vol en suspens

 

Je crois au grand soleil

Qui réchauffe le terre

A l'hymne de l'éveil

Au ventre de ma mère

A la vie sacrément

De sueur et de sang

aux larmes de l'amour

A l'arbre du secours

 

Je ne crois pas en Dieu

l'infiniment puissant

Parce que je crois en l'homme

A son vol en suspens

 

Et je crois au grand vent

qui souffle nos mémoires

Au sain du temps présent

A l'issue provisoire

Aux germes du printemps

Aux courbes de l'été

Au regard transparent

De l'être tant aimé

 

Je ne crois pas en Dieu

l'infiniment puissant

Parce que je crois en l'homme

A son vol en suspens

 

Et je crois aux mystères

De nos âmes en sursis

Aux fragments de la chair

De nos corps insoumis

Aux chemins de la croix

Qu'il nous faut supporter

En l'absence de la foi

Qu'il nous faut retrouver

 

Je ne crois pas en Dieu

l'infiniment puissant

Parce que je crois en l'homme

A son vol en suspens

 

Catherine Ribeiro, Fenêtre ardente

6 juillet 2024

Ces étrangers qui ont fait la France

Ces étrangers qui ont fait la France

 

A lire aussi en ces temps de détresse cet autre livre qui ouvre les yeux et démasque ces usurpateurs qui, avec l'aide notamment de médias manipulateurs, vont défaire la France. 

 

 

Inutile de lire en revanche le programme de ces usurpateurs qui ont bien ravalé la façade. Il change tout le temps depuis quelques semaines. Les fausses promesses ne tiennent pas même le temps d'une campagne, inutile en effet de les maintenir puisque les alouettes sont déjà prises.

Une seule constante chez ces usurpateurs : la haine de l'autre.

Et une fois que les masques seront tombés on découvrira, à l'envers de leurs hypocrites déclarations, une autre constante : le mépris du peuple.

Et, bien sûr, la haine de cette France de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

    

 

28 juin 2024

Ma France !

"Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige" Jean Ferrat

Je serai bref, donnant simplement la parole à un chanteur-poète, Jean Ferrat, qui chante la vraie France, celle de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Celle de ces trois mots lumineux, même s'ils n'ont pas souvent été respectés : Liberté, Egalité, Fraternité ! Celle de Hugo et de ses Misérables, oui ! Celle d'Eluard et de tant d'autres poètes. Cette France aussi de ceux et celles, venus si nombreux d'un ailleurs, pour enrichir de leur génie ce pays : la France des artistes et philosophes, la France des savants. L'enrichir aussi de leur travail : la France des travailleurs et travailleuses, la France des militants pour les droits humains, la France de la commune. L'enrichir aussi de leur sang versé : la France des Résistants.  La France de Missak et de Mélinée et de leurs compagnons  assassinés par la barbarie nazie ! La France de toutes les couleurs de la liberté !

Cette France que des usurpateurs viennent piétiner aujourd'hui comme les nazis l'ont fait car, oui, ils viennent piétiner les valeurs qui la fondent. Ils disent aimer la France et ils ne font que la haïr. Des usurpateurs qui ont, certes, été bien aidés par des décennies de démission politique, de puantes magouilles et de mépris du peuple de France. 

Et aujourd'hui par un triste sire tout aussi usurpateur, un gamin mégalomane que l'on n'aurait jamais dû laisser jouer, au-dessus d'un baril de poudre, avec des allumettes !

Et n'oublions pas : on a déjà essayé la France de la honte à genoux devant la barbarie. 

NON ! 

NO PASARÁN !

 

Ma France

Jean Ferrat

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j'ai vécu à ce que j'imagine
Je n'en finirai pas d'écrire ta chanson
Ma France
 
 
Au grand soleil d'été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d'Ardèche
Quelque chose dans l'air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France
 
Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France
 
 
Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu'on la fusille
Ma France
 
 
Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d'Éluard s'envolent des colombes
Ils n'en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu'il est temps que le malheur succombe
Ma France
 
 
Leurs voix se multiplient à n'en plus faire qu'une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l'histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France
 
 
Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstiné de ce temps quotidien
Du journal que l'on vend le matin d'un dimanche
A l'affiche qu'on colle au mur du lendemain
Ma France
 
 
Qu'elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l'avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France
 
"Ma France" de Jean Ferrat
 
La lettre de Missak à Mélinée
 
 
6 décembre 2023

Départ de mon ami Janladrou, peintre d'écritures

Janladrou, peintre d'écritures 

 

Je savais que Jean était malade et j'attendais d'aller mieux de mon côté pour aller lui rendre visite.

Mais voilà Jean Ladroue, mon ami et complice depuis 35 ans, ne m'a pas attendu (il détestait attendre !!!) et le peintre est allé rejoindre les feuilles d'automne ce 28 novembre. Coupé un peu du monde depuis mon opération, j'ai appris son départ après.

Il me reste des souvenirs d'expositions, de vernissages, de ses catalogues où j'ai pu joindre ma plume. Il me reste le souvenir en moi de Jean, vivant ! Si chaleureux, fraternel et humble dans le partage de ses oeuvres. Il me reste le souvenir des visites à son atelier de Gavray (la première fois j'étais allé chez lui à vélo depuis Carentan !) Il me reste aussi ces "boulots" (c'est comme ça qu'il en parlait) qu'il m'a généreusement offerts suite à nos collaborations

Je joins ici l'un des textes que j'ai publiés sur son "boulot". Il s'agit d'un extrait du catalogue de son exposition au Mémorial littéraire national de Prague en 1998. On trouvera sur ce blog d'autres articles et d'autres reproductions. Et quelques éléments biographiques.

C'est vraiment un superbe "boulot" ! Allez donc voir.

Merci Jean de ta belle présence au monde ! Et cette foutue camarde n'y change rien.

 

 

Jean, dans son atelier de Gavray

 

L’emprise l’empreinte

  ou

quelques pas avec Janladrou

  “Car tel est mon bon plaisir ici et maintenant”

(lu dans Le champ du signe)

  

Qu’est-ce qui fait que l’œuvre de Janladrou s‘impose de cette façon au regard ? qu’elle puisse à ce point exercer cette emprise ? Quel sens se trouve donc convoqué ? S’interroger ici, revient à s’interroger sur le statut des signes que l’on trouve ainsi confrontés, sur la posture que le peintre adopte face àeux (on pourrait penser que le travail du “critique”, du liseur comme du “voyeur”, consiste “simplement” à tenter de retrouver une posture fondamentale du créateur à son œuvre). Cela revient encore une fois (mais peut-on vraiment échapper à la question ?) à interroger cette texture, ce tissu, cette présence des signes. Cette présence des signes dans l’œuvre certes. Mais aussi, nécessairement, cette présence des signes à l’œuvre, cette irréparable présence des signes au monde.

 L’œuvre de Janladrou peut être prise au fond comme une gigantesque mise en scène. Mise en scène des signes. Mise en signes. Et cette mise en scène qui habille les signes, les plante en un décor étrange (aussi étrange, aussi fondamental que la rencontre fortuite, chère à Lautréamont, du parapluie et de la machine à coudre sur une table de dissection), qui les imprime dans un bain de couleurs, les dénude en même temps et les plonge dans un silence assourdissant. Rien à voir ici avec ces apparitions nombreuses d’écrits dans les Vanités du 17ème siècle par exemple. Si les Vanités laissent apparaître l’écrit c’est dans une profonde redondance avec le tableau (le texte le plus fréquent y est d’ailleurs bien le “Vanitas Vanitatum et omnias vanitas” de L’Ecclesiaste). Dans de rares cas l’écrit est lui-même frappé, contaminé par la vanité (le Livre bien sûr, en bonne place souvent près d’un crucifix ou d’une discipline, échappe à cette sentence). Mais l’écrit est bien là tout entier dans son sens, dans ce qu’il vient signifier, dans un enseignement qui est par ailleurs celui de la Bible. C’est tout autre chose chez Janladrou. On pourrait dire, en jargonnant un peu, que le peintre met le doigt -ou plutôt le pinceau - sur l’espèce de jointure entre le signifiant et le signifié. En confrontant les lettres de différents alphabets, pictogrammes, hiéroglyphes (on a affaire ici à une véritable Babel de l’écriture...), en confrontant les systèmes graphiques les plus divers, en les illuminant, Janladrou accuse, met en relief le signifiant et, dans le même instant, il le place dans cette distance de la trace et de l’empreinte. Dans cette distance du temps de l’empreinte. Dans cette distance dont se nourrit la fascination.

 Ici, le procédé principalement utilisé par le peintre (le monotype) est pour le moins profondément révélateur. Il fonde justement cette distance, ce temps nécessaire pour que le regard enfin transcende cette immédiateté et cette transparence aujourd’hui envahissantes du signe et se mette ainsi véritablement à l’œuvre. A l’heure où les nouveaux outils de diffusion de l’écrit “donnent” en effet, dans une immense gabegie, les signes sans aucun écart, sans aucun soupçon, dans une espèce d’évidence lisse et trompeuse, l’œuvre de Janladrou, elle, retourne au temps de l’empreinte -et ce, depuis ces premières traces de pas exposées en 1977 et qui avaient pu déconcerter, traces qui faisaient office de gravures et qui appelaient auprès d’elles, on peut dire nécessairement, l’apparition des premiers signes graphiques -. Le peintre des mots retrouve ce temps qui sèche les couleurs et qui inscrit sa patine, ce grain, retrouve cette latence, cette béance nécessaire pour que le signe, dépouillé de sa sujétion au seul signifié, mette à jour paradoxalement quelque chose comme ce qui serait le SENS même - mais un sens qui n’arrêterait pas de se déplier en ses méandres, en ses arabesques, un sens jamais arrêté, toujours à l’aventure comme la peinture de Janladrou -. C’est là, je crois, que cette œuvre devient une réelle présence, qu’elle atteint à la présence en ce qu’elle manifeste, avec une violente jubilation, notre présence, notre errance, au monde.

 En effet retourner le signe par le geste du report, pour qu’il s’inscrive dans un jour nouveau c’est l’inverser, le détourner et l’inscrire ainsi dans le noeud d’une énigme fondamentale qui est notre énigme, l’énigme de notre présence au monde. Là où le signe graphique n’est plus simple partage mais ligne de partage entre voir et lire, comme entre le monde et nous, comme entre être et ne pas être. Si le signe ici se singe et y perd son ordre c’est comme pour, effaçant ce qui le constitue comme signe, retourner aux premières traces. Illuminé, enluminé, détourné, contourné, il nous rend sourds aux sirènes de l’immédiat et de l’éphémère, il manifeste comme la forme et la couleur de l’étonnement premier de celui qui se lit/lie pour la première fois au monde. Et il me semble que c’est sur cet instant recommencé que se superposent ces strates, ces touches, ces reports qui sont tout autant de véritables rituels. Car chez Janladrou la dimension sacrée est toujours présente. Mais jamais cette dimension n’apporte une réponse ou un repos, ne désigne un lieu, un centre du monde, si ce n’est cette place qui est justement délimitée par le cadre. Cette dimension est tout entière dans le travail du questionnement. Elle n’apporte ni dogme, ni loi, ne supporte aucune certitude. Elle est sans feu ni dieu.

 J’aime par ailleurs que Janladrou, dans son art si singulier, remette aussi en cause nos classifications artistiques. A quoi avons-nous affaire en effet ici alors que le peintre se met à écrire ? Il y a là comme de la poésie en effet mais il y a aussi, dans ce système de variations, de symétrie, de tonalités et d’échos chromatiques propre à cette composition plastique comme une présence musicale, comme une tessiture particulière -et ceci bien que l’artiste n’ait pas encore utilisé à ce jour l’écriture musicale-. Par ailleurs si Janladrou est poète -mais il récusera peut-être ce terme dans ce qu’il peut connoter, parfois et hélas, de pose, de gravité surfaite et d’affectation - c’est moins pour ces géniales bribes de textes qui émaillent parfois ses tableaux (et que, pour l’empreinte, il emprunte à d’autres, afin de mieux nous les donner à lire...) que pour cette façon dont il sait si bien nous dire, comme en une inscription de Magritte “ceci est un signe” ou plutôt “ceci est du signe”. Et, on le sait, cette posture poétique, en dépit de son apparente gratuité, ne peut nous laisser indemnes. Elle nous met face au monde précaire des hommes qui n’est avant tout que peuple de signes où il suffit d’un pas, d’une lettre de plus ou de moins pour passer de la vérité (Emet) à la mort (Met), ou du mot à la mort. Encore une fois elle interroge au plus profond de l’empreinte.

 L’empreinte, notre empreinte, autant dire peut-être notre reflet et son emprise. Miroir où nous pourrions bien nous abîmer. Le mythe de Narcisse ne nous promet-il pas la mort si nous nous connaissons ? Mais il n’en est rien dans ce miroir des signes et, si, comme Narcisse, nous devrons, nous aussi, aimer et ne jamais posséder vraiment ce que nous aimons -il en est ainsi de l’amour, il en est ainsi des mots qui ne nous dessinent que l’image de l’autre, à jamais inaccessible à notre étreinte-, nous ne retrouvons là, dans ces tableaux, ni la nymphe Echo qui ne ferait que répéter vainement notre vaine parole, ni ce nom trouble d’une fleur fragile qui s’évanouit dans notre souffle, se perd dans sa propre duplication. Nous sommes comme devant cet oiseau-signe qui “vient peupler la petite cour” d’Henri Michaux, cet autre poète et peintre de signes, “fasciné par son apparition! fasciné par sa disparition” (L’oiseau).

 Le signe graphique ainsi montré comme monstre, transfiguré, torturé parfois, démasqué par ses masques de couleurs, le signe inventé même n’apporte pas avec lui, heureusement, connaissance ou vérité. Il n’est que cette ombre portée sur la surface du tableau du questionnement incessant qui nous vient du fond des âges, du questionnement de notre présence depuis les premières strates, les premières traces qui sont autant de déchirures dans le monde. Il vient nous relier à ce premier étonnement à cette scène capitale, où, au hasard d’une trace de pas ou d’un reflet dans l’eau, nous découvrons cet autre nous-même, notre inscription dans le monde. Et cette trace et ce reflet nous les découvrons au point de nous y arrêter et de les approfondir et de les creuser comme des sillons.

 Le signe graphique vient aussi nous porter très en avant de nous-mêmes, dans un futur très lointain (à moins qu’il ne soit très proche déjà) où d’autres hommes pourront s’étonner peut— être devant nos propres signes devenus illisibles, devenus ce seul sens de notre présence “en ce temps-là”, devenus énigmatiques eux-aussi comme ont pu l’être les hiéroglyphes, comme le sont encore le linéaire A crétois, l’écriture Maya, les signes des mégalithes de l’île de Pâques ou peut-être tout simplement ces autres signes que l’on peut trouver aussi comme venant légender l’art pariétal (à Lascaux notamment).

J’aime à penser à la peinture de Janladrou comme à une peinture tout simplement étonnante. Par le tableau qui impose de plus en plus ses limites et ses frontières, accuse le cadre et ses marges comme métaphore de la page et peut-être de nos propres limites, elle vient déborder ce temps qui nous déborde. Elle ne provoque pas tant qu’elle nous convoque. C’est une peinture dans l’intimité de notre étonnement premier et qui a su garder la fraîcheur et l’humilité de cet étonnement.

Une peinture étonnamment au monde et qui nous met au monde.

 

Guy Allix, catalogue de l'exposition Janladrou au Mémorial littéraire national de Prague, 1998

 

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Le juste doute

 

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12 juillet 2023

Michel Baglin. Quatre ans déjà.

Michel Baglin, quatre ans déjà

 

 

Il y a quatre ans, le 8 juillet 2019, Michel disparaissait. Il avait été hospitalisé une dernière fois quelques jours plus tôt juste après avoir découvert notre Je suis... Georges Brassens (Jacques André éditeur) qui venait juste de paraître. C'est lors de notre première rencontre, quelques années plus tôt, au printemps des poètes de Durcet dans l'Orne que nous avions eu cette idée d'écrire un livre sur Brassens ensemble (au départ plutôt un livre sur la morale libertaire du maître). En 2017 à Sète, ce projet rebondira sous une autre forme grâce à Jacques André lors d'une soirée mémorable. Michel était enthousiaste et, en bon journaliste, il était "pressé" (peut-être pressé aussi par un pressentiment...) : dans le mois suivant, alors que le livre était prévu pour l'été 2019, il m'envoyait un brouillon du premier chapitre. 

Il a énormément travaillé sur ce projet et avec une efficacité terrible... Jusqu'à ce que en février 2019, il m'annonce sa maladie et me charge de la rédaction  des derniers passages (le projet était très bien avancé). Par la suite il a lutté avec un grand courage. Lors de notre dernière communication téléphonique, il me disait assez clcairemnt qu'il n'y croyait plus mais il luttait encore, pour la poésie, pour les amis, pour Jackie et leurs enfants. Et il écrivit encore ce merveilleux texte pour Jackie qu'on lira plus loin à la fin de ce message. 

Michel était un vrai poète, d'une générosité exceptionnelle. Un amoureux de la poésie, un amoureux de la justice, un amoureux de l'amitié. C'était une vraie présence loin de ces ego surdimensionnés, professionnnels ou fonctionnaires de la poésie, qui posent, manoeuvrent et tuent la poésie même. 

Il faut le lire et le relire encore. Il faut le donner à lire, partager son oeuvre, la répandre comme une trainée de poudre, comme un immense amour très contagieux. Faire de son oeuvre un souvenir vivant ici-même, maintenant. Michel Baglin, ici, vivant toujours dans les coeurs éveillés.

 

L'encore présence

 à Michel Baglin

 

Ton absence qui nous engloutit

  

Mais pourtant ce franc soleil

Comme un dernier sourire

Sur le cimetière de Seilh

Nous parlait tant de toi

un après-midi de juillet

 

Il était toute ta présence

Quand tu ne semblais que cette poussière

Au fond d'une urne

 

Le ciel nous débordait

Et tes mots collaient à nos bouches closes

Et à nos poings gorgés de larmes

Guy Allix, Précaire, à paraître

 

L'amoureux de l'amitié

 

Comme je regrette de n'avoir pas assez donné à l'amitié ! Pendant de longues années je fus séparé d'amis qui avaient tant compté pour moi. J'aurai toujours honte d'avoir accepté ce diktat. Qui vous sépare de vos amis ne vous aime pas et n'est pas digne d'être aimé.

Par la suite, enfin, j'ai pu retrouver mes anciens amis et en rencontrer de nouveaux dont... Michel, cet amoureux de l'amitié. .

Je me souviens d'un midi, lors du festival de Sète. Ce devait être en 2017 je crois. Michel et moi prenions un café sur la place des livres. Il aimait organiser des repas le soir et il invitait des poètes qu'il connaissait, des poètes qui se connaissaient et des poètes... qui ne se connaissaient pas. Et il pouvait prendre du temps pour cela car l'amitié ne compte pas le temps donné. Il me demanda les numéro de téléphone de ceux ou celles que je connaissais. Je me souviens qu'il a demandé le n° de mes amies Catherine Jarrett, Colette Gibelin, Brigitte Broc. Nous étions une quinzaine le soir. Ce fut une soirée magique et nous avons tous entonné du... Brassens bien sûr. Et bu force vin perlé. Je fis la connaissance de Jacques André, de Marie Rouannet, de Jean Poncet...

Un jeune couple inconnu vint même se joindre à nous. Des amis encore... Le temps d'une soirée.

Soirée magique, La magie opérait toujours avec Michel et sa légendaire générosité. Un peu d'éternité, du temps gagné sur... la mort !

J'écris ce texte alors que je viens de perdre un autre grand ami : Roger Dautais, landartiste, dessinateur, poète.

Voir un ami mourir c'est mourir soi-même : on est alors amputé d'une part essentielle de soi .

Guy Allix, à paraître dans Texture n° 4

 

Notre planète

 

Tant de mêmes paysages peuplent nos regards !

Depuis plus d’un demi-siècle ensemble nous jouons les balanciers sur la crête des jours traversés, craignant pour l’autre, se tenant du bout des yeux, nos pieds sur la corde raide

comme nos cœurs cherchant l’équilibre, s’inventant les gestes simples de la confiance trouvant l’appui à demi-mot.

Sous la poussière retombée des années,

nos vies ont composé une planète familière

une géographie de lieux conquis et de pays inventés où nos deux enfants poussent leur chemin.

Cette terre nous est commune,

elle nous nourrit

tandis que notre mémoire frémit

au murmure des mêmes sources,

et l’on partage l’un et l’autre les sentiers d’alpage qui nous conduisent encore par la pensée

sur l’épaule nue de la montagne,

les ravines et les passages d’éboulis

et l’éblouissement de la mer scintillant à nos pieds. Depuis plus d’un demi-siècle l’amour

nous a mis en route ensemble tant de fois,

tant de fois nous a dessiné derrière l’horizon du quotidien des gares de campagne, des terminus d’utopie,

un môle, un phare, un bout de terre, une île

et les petits enfants de l’avenir.

Des champs de lavande aussi pour baigner nos caresses, des chambres de pénombre pour enrober l’été.

Nos corps se connaissent et s’épellent du bout des doigts. Ils ont toujours crainte de se perdre

et se cherchent la nuit comme nos sourires devinés.

Ils ont toujours crainte de se perdre

pour s’être un peu perdus naguère

en des courants contraires

sans cesser de se connaître pourtant

ni de retrouver leurs formes dans le moule de nos mains. Plus d’un demi-siècle d’amitié ont arrondi nos angles,

le miel de la complicité étale sa douce lumière

sur les blessures et les angoisses de nos âges.

Un printemps toujours soulève nos terres

de ses pousses neuves,

de sa verdeur de promesse.

Et le gros coton gris des ciels de novembre n’y peut rien.

© Michel Baglin, Les mots nous manquent, Rhubarbe, 2019 

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