Femme vie liberté : en finir avec l'apartheid de genre
Femme Vie liberté
En finir avec l'apartheid de genre !
On a célébré il y a quelques jours "La journée internationale des droits des femmes"... "Journée internationale" mais pourtant bien silencieuse dans certains pays. Et peu de déclarations ou d'informations en France autour de la condition des femmes de ces mêmes pays (on trouve heureusement, par exemple, l'interview de la grande résistante Narges Mohammadi, prix Nobel de la Paix 2023, dans le Charlie-Hebdo du 5 mars) . Mais dans l'ensemble, le silence et, j'ose le dire, surtout à gauche et à l'extrême gauche là où l'on attendrait une option plus... combative et de gauche puisqu'il s'agit bien de lutter contre la cruelle injustice qui, dans ces théocraties obscurantistes, prive une grande moitié de la population des droits les plus fondamentaux1. Par ailleurs certaines femmes en Iran s'étonnent aussi du silence des féministes en France.
Il faut cependant tempérer ce jugement un peu rapide : l'une de nos féministes françaises a bien dit que "le voile était un embellissement pour les femmes" (sic) ! Bel embellissement que celui qui consiste à cacher la beauté ! Donc ce n'est pas tout à fait un silence comme vous pouvez en juger, c'est pire ! Mais pourquoi cette "féministe" ne s'embellit-elle pas comme ça et pourquoi ne part-elle pas vivre en Afghanistan, là où elle pourrait se faire très belle à longueur de temps en se déguisant en fantôme noir ? Car bien sûr, en Afghanistan, on s'étonne aussi de ce silence assourdissant dont nous aurons honte un jour. Car, oui, nous aurons honte un jour de notre indifférence abjecte : "Parce que tout le monde s'en fiche des femmes afghanes, tout le monde s'en fiche des droits humains dans ce pays" Hamida Aman, France-Culture 1er septembre 2024.
En Iran et en Afghanistan nous avons bien affaire à un apartheid - et d'autres pays bien sûr sont aussi concernés - même si ce mot afrikaans a d'abord été rattaché à la ségrégation purement raciale. Il signifie bien à l'origine "séparation" et peut être utilisé aussi bien pour les séparations des genres que des races. Nous avons bien dans ces pays une séparation des genre. Et ce n'est pas minimiser l'apartheid d'Afrique du sud que de dire que cet apartheid de genre en Iran et en Afghanistan est encore plus inhumain et révoltant. Ainsi en Afghanistan les femmes n'ont qu'un seul droit, en dehors du droit de respirer2, celui de se voiler, et donc - le mot le dit assez - de s'invisibiliser : cachez ces femmes que je ne saurais voir ! Invisibiliser les femmes afin de "prévenir le vice", ce qui montre que ces ayatollah ne sont pas seulement séniles : ils sont proprement, si j'ose dire, obsédés ! C'est vrai que l'alliance de la sénilité et de l'obsession sexuelle est, de leur point de vue, peut-être assez difficile à vivre.
Mais pour dénoncer l'arbitraire, l'injustice, la cruauté de ce régime d'un autre temps, on peut se demander s'il n'est pas aussi plus utile d'en montrer l'extrême ridicule. On peut se contenter de rappeler deux ou trois de ces interdits promulgués et qui mériteraient d'être présentés dans un futur concours international de la bêtise humaine qui est à inventer. Mais c'est vrai qu'il y a aussi d'autres candidats. Ainsi le malade mental et exempté de justice qui préside désormais les USA.
Tout d'abord ce rappel à l'heure où nous vivons en France "Le Printemps des poètes" : Le ministère de la Justice taliban a promulgué une nouvelle loi pour "promouvoir la vertu et prévenir le vice", loi qui interdit aux femmes de chanter et de réciter de la poésie en public (France Info, 26 août 2024). Des poètes, comme l'ami Jean-Pierre Siméon, pourront certes me rétorquer que cela montre le pouvoir de résistance de la poésie, pouvoir que je reconnais biens sûr, mais je doute fort que ces horribles barbus aient bien conscience de ce pouvoir. Il ne s'agit pour eux que de faire taire les femmes qui doivent être invisibles et silencieuses : il faut ne pas les voir et ne pas les entendre : faites taire ces femmes que je ne saurais entendre. Et pour eux la chanson et la poésie peuvent surtout être des armes de séduction et donc du "vice". Car tout est vice pour les vicieux.
Voilà un interdit qui mériterait une belle médaille aux J.O. de la bêtise.
Par ailleurs, En Iran, on s'est demandé à un moment si les femmes avaient le droit de faire du vélo. Oh non pas des courses cyclistes bien sûr ! car la tenue légère ne serait pas admise. Non, simplement du vélo pour se déplacer d'un lieu à un autre, et donc en public bien sûr, même si on imagine aisément que ce ne doit pas être simple en tchador. Il semblait a priori qu'il n'y avait aucun interdit et ce, selon une déclaration d'Ali Khamenei lui-même. On lui a donc demandé de préciser sa pensée : "Les femmes peuvent faire du vélo, du moment que ce n'est pas en public". (France Inter, 15 juin 2017). Le vélo d'appartement semble donc autorisé ! Qui nous disait que ce régime s'en prenait aux droits des femmes ? Encore une infox ?
Le guide suprême semble bien placé pour remporter la médaille d'or des J.O. de la bêtise.
Mais, dans la série "toujours plus et toujours pire", on se demande quand même si ce n'est pas cette autre loi qui va remporter ces J.O. d'un nouveau genre :
En Afghanistan, "les talibans avaient surpris en annonçant un autre décret liberticide : interdire les fenêtres dans les espaces domestiques fréquentés par les femmes, comme les cuisines, pour empêcher qu'elles ne soient visibles de l'extérieur." (Le Monde, 2 janvier 2025).
Imaginer que les hommes fantasment en regardant à travers les fenêtres les femmes cuisiner ! L'imagination de ces horribles barbus est sans limites, comme la bêtise ! La médaille d'or pour eux ?
Oui, la satire, comme le dessin satirique, est nécessaire aussi pour tenter de mettre fin à ces délires obscurantistes et à cette cruauté inouïe envers les femmes, quand les simples faits rapportés ne suffisent pas.
Ainsi l'information sur la mort de Mahsa Jina Amini a permis certes à un énorme mouvement de se lever en Iran : "Femme Vie Liberté". Mais le pouvoir iranien et sa folie sont toujours là tandis que, lors des manifestations, plus de 500 personnes, dont 71 mineurs, ont été tuées et il y a eu des centaines de blessés, des milliers d'arrestations, et des exécutions.
Et la grande Narges Mohammadi, prix Nobel de la paix 2023 suite à son long combat contre l'ignoble et l'arbitraire, Narges Mohammadi qui "a bénéficié d'une suspension temporaire de peine après une opération chirurgicale" (Charlie hebdo, 5 mars 2025) risque une arrestation imminente.
Il faut saluer aussi le courage de Ahou Daryaei qui a su montrer tout le ridicule de la répression des mollah. Parce qu'elle ne portait pas correctement la cagoule réglementaire couvrant les cheveux, les oreilles et le cou, la milice lui a déchiré des vêtements ! Alors, elle a simplement continué dans la rue le "travail" des miliciens : elle a enlevé ses vêtements un à un et s'est promenée presque nue avant, suprême insulte contre ses agresseurs, d'enlever même sa culotte au moment où on l'arrêtait sans ménagement. Oui, Ahou, avec son courage, a, par son geste, écrit une véritable satire de ce régime !
Elle a été ensuite détenue dans un établissement psychiatrique.
Selon "Le Point" (19 novembre 2024) elle aurait été libérée et non poursuivie car déclarée "malade" par l'établissement psychiatrique où elle était internée. Même méthode dans tous les régimes arbitraires dirigés par des "malades".
Bravo à toutes ces femmes qui luttent avec un tel courage dans ces dictatures obscurantistes (et encore une fois il y a bien d'autres exemples d'apartheids de genre !). Elles montrent l'exemple et des hommes en Iran se joignent heureusement à elles dans les manifestations et meurent aussi.
Mais trop rares sont celles et ceux qui pourraient, ici, protester et appuyer ce combat. Pourquoi ce silence de celles et ceux qui sont si prompts pour dénoncer, fort justement d'ailleurs, un assassinat politique ou racial ici et n'osent se lever contre l'assassinat de plus de 500 personnes en Iran après la mort de Mahsa Jina Amini, elle-même assassinée ? Pourquoi ce silence de celles qui se sont révoltées, très justement là encore, lors du mouvement MeToo ? Est-ce simplement la peur devant des régimes qui n'hésitent pas à commanditer des actes terroristes ailleurs ? Est-ce simplement aussi cette censure à bas bruit qui interdit désormais de critiquer une religion dans le pays de Voltaire - ce serait du "racisme", paraît-il ? Est-ce aussi ce clientélisme de certains politiques ?
Et, en période d'actualité surchargée, avec les deux clowns nazis3 des USA (et leurs serviteurs) et l'impérialiste terroriste et criminel russe (et son serviteur américain), je vois déjà les objections ici et là pour censurer la question qui est posée ici : "il y a plus urgent et nous sommes devant des risques de guerre. La question du sort des femmes dans ces pays est secondaire : on verra ça après." Ce cynisme est encore possible, hélas ! Ce ne serait jamais le moment d'en parler et de se révolter.
Mais oui, je le répète : nous aurons honte un jour de notre silence et de notre indifférence abjecte. Et il faut se rappeler simplement que la lutte pour l'amélioration de la condition des femmes ici passe aussi par la lutte pour l'amélioration de la condition des femmes ailleurs et partout dans le monde.
Guy Allix
1) Il est aussi avéré que de grandes figures intellectuelles de la gauche française étaient allées encourager l'ayatollah Khomeyni et sa "révolution" à la fin des années 70 dans sa résidence de Neauphle-le-château.
2) "Le seul droit qu'on nous laisse c'est de respirer", explique la journaliste afghane Hamida Aman." (France-culture, 1er septembre 2024)
3) Qui revendiquent un masculinisme fortement décomplexé. Et l'expression sordide de Trump "attraper les femmes par la chatte", qui montre tout son mépris des femmes, n'a même pas empêché son élection en 2016.