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Guy Allix, poète
Guy Allix, poète
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29 novembre 2025

Un article de Jacques Morin sur Précaire

 

Un article de Jacques Morin

(Décharge, 28 août 2025)

Guy Allix : Précaire (Jacques André éditeur)

 

Cela faisait sept ans que Guy Allix n’avait sorti de recueil.
On retrouve ce même ton, cette même intention d’aller planter sa plume au plus profond de l’entaille que fore sa poésie et qui fondent son identité d’écriture.

On pourrait tenter de qualifier cette zone sensible de "lyrisme paradoxal". Le titre qu’il a choisi est en soi une signature. L’autre mot en balance, plus souvent présent dans le corps du recueil, serait fragile ou fragilité, (jusqu’à en faire l’éloge). Lequel se trouve toujours en rapport avec l’abîme ou le vide. D’autres mots se rapprochent : le naufragé ou L’infirme :

Tu n’embrasses jamais qu’absence
et qu’injuste défaite.

On est en effet à la limite d’une plainte continue, qui pourrait se résumer à cet oxymore :

une blessure heureuse.

L’expression définirait bien l’opposition entre le locataire de la vie qui ne possède rien et ce jeu de mots sur les verbes : tenir / retenir / contenir, mettant en relief et en équilibre ce qui est aussi bien interne qu’extérieur.

Un moment, une sorte d’explication semble prendre jour : Ta vie s’est faite sans toi avec deux mots qui en posent les symptômes dans les vers suivants : 

dépossession et aliénation.

À la page qui suit on trouve aussi cette reprise :

tu ne sais que cette absence
Ton seul lieu.

Puis cette fin de poème plus loin :

Si aliéné que je suis passé
à côté de tout ce que je voulais étreindre

Enfin ces deux vers postérieurs en forme de bilan :

Je n’étais pas fait pour vivre ici

Je n’étais que ce passage sans passage

Tant et si bien qu’il peut conclure par cette comparaison :

Comme une illusion de vivre

Bien sûr, il y a constamment l’opposition fondatrice entre la vie et la mort. Et les années avançant, celle-ci devient plus aiguë et plus prégnante.

Tu écris au couteau sur cette nuit qui vient t’étouffer

Tu traces le dernier souffle

Restent trois domaines salvateurs : l’enfance, l’amitié (l’ultime refuge de la vraie vie) et l’amour. Guy Allix, éternel sentimental. Et toujours ce doute majuscule dès les exergues :

…l’essentiel / D’aimer vainement.

Avec parfois en outre des images surprenantes : tu bordes le lit et plus loin en écho : tu plies le linge de la nuit…, voire Ces draps qui t’appellent de leurs bras...

Le recueil commence par un « nous » qui semble général puis on passe aussitôt à un « tu », reflet en fait d’un « je » omniprésent.

Guy Allix n’aura eu de cesse de circonscrire cette crête aux versants de la souffrance et du bonheur, une quête de longue haleine que le poème lui donne rarement l’impression d’avoir atteint.

Sa poésie se situe dans ce dénuement, cette innocence extrêmes, aussitôt remis en cause.

Tu es le terrassier le plus obscur

L’assoiffé de lumière.

Jacques Morin, Décharge, 28 août 2025

14 €. 7, avenue de Lattre de Tassigny - 47200 Marmande.

 

 

 

 

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