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Guy Allix, poète
Guy Allix, poète
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29 novembre 2025

Un article de Jacques Ibanès sur Précaire

 

Un article de Jacques Ibanès sur Précaire

 

PRÉCAIRE DE GUY ALLIX

Le poème attend son poète au coin du bois comme l’oiseau de Prévert. Il met parfois « de longues années avant de se décider ». Il ne faut pas le forcer et attendre.

Voilà sept années que Guy Allix fourbissait son petit arsenal qu’il nous livre sous un titre qui ressemble tant à ce qu'est tout un chacun : « précaire ». Avec un « p » minuscule pour en souligner plus encore la modestie.

Dans ce nouveau recueil, tout comme dans les précédents, Guy obéit à une nécessité intérieure : celle de se livrer tout entier, sans fioritures et sans tricherie : « Le poème ce ne peut être que cette urgence / qui te foudroie ».

De quoi nous parle-t-il ? De l’humaine condition faite de naufrage et de fragilité avec pour horizon commun, la mort « ce maître / Dont je ne serai libéré qu’à l’instant ultime ».

La tonalité d’ensemble paraît sombre de prime abord : « Le désespoir n’est que dents / Qui grignotent ta voix en toi / Jusqu’à l’usure » . C’est que notre  tipouèt  comme il aime se nommer, est la lucidité même, celle d’un « passant dérisoire » qui traverse le temps.

Face au mal de vivre, il oppose les trois pôles cardinaux qui lui servent d’appuis pour tailler sa route.

D’abord le pays d’enfance qu’avec des accents à la Cadou il fait le refuge primordial de son moi profond.

Puis l’amitié, celle des « frères choisis qui me choisissent aussi ».

Enfin l’amour, la botte secrète qui permet de survivre tant bien que mal, l’amour « lutte désespérée », pourvoyeuse de tendresse et de baume à apaiser les plaies. Car le mal de vivre, malgré tout, recèle en lui une « blessure heureuse » qui engage à poursuivre la quête.

Guy Allix parcourt ainsi son chemin de vie en en endossant toute la complexité et en jouant, en musicien qu’il est, de la gamme des pronoms personnels. Il est le plus souvent le « je » qui se projette, et le « tu » qui ne cesse de patrouiller sans complaisance et à fleur de peau dans son intimité. Il est parfois le « il » qui prend un peu de hauteur car il se sait « Simple locataire de la vie qui va en tous lieux / Sans plus tenir autre chose que ce vent entre les oreilles », et aussi le « nous » qui enveloppe ses frères humains, tous soumis à la même finitude : « Et nous entrerons ensemble dans l’ultime fragilité ».

Précaire est le cri primal d’un poète qui nous met face à ce qui nous taraude.                                    Il nous émeut profondément.

     Jacques Ibanès, Texture 21 Octobre 2025

 

Précaire, 92 p. 14€ (Jacques André éditeur)

 

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