Vers le confinement des "vieux"

ou

vers une dictature "sanitaire"...

 

Le Monde du 6 avril publiait, page 2, un article sur le déconfinement. On y trouvait plusieurs modélisations dont une qui proposait de garder en confinement trois mois de plus les séniors quand les juniors reprendraient le travail. Et, dans son allocution du 13 avril le président reprenait, rapidement, cette préconisation en disant que les personnes vulnérables et les personnes âgées devaient rester chez elles, ce, sans préciser ce qu'il entendait par "personnes âgées" (Brigitte Macron est-elle une personne âgée ?). Ursula Von der Leyen, présidente de la Commision européenne (et âgée de 62 ans...), intervenait aussi dans ce sens laissant même entendre qu'il conviendrait d'attendre le vaccin (soit au moins plusieurs mois après le déconfinement) pour libérer les personnes âgées (sous son maquillage elle considère sans doute qu'elle n'en fait pas partie) et les personnes vulnérables

Certes, dans un premier temps, on pourrait trouver cela assez logique au vu des statistiques médicales sur la mortalité et les hospitalisations en réanimation (et plus cyniquement des paramètres économiques bien sûr : les retraités déconfinés ne participeront pas à la reprise et donc il est inutile de les sortir...).

Cependant, sans même entrer dans des problèmes d'ordre purement éthique, qu'il s'agirait cependant de considérer en priorité, on rencontre deux problèmes majeurs qu'il faut aussi considérer.

Le premier, d'ordre technique, concerne le travail des agents qui, avant de contrôler, devront repérer les personnes vulnérables. Cela peut être simple pour les personnes obèses et les centenaires... mais comment distinguer un moins de 65 ans et un plus de 65 ans à vue ? Il y a des personnes de 55 ans qui en font plus de 65 et des personnes de 70 qui font 10 ans de moins (regardez un peu l'auteur de ce texte : il a quasiment l'allure d'un quadra :)))). Et puis comment distinguer les cardiaques, les diabétiques etc. Devrons-nous être fichés médicalement ? Devrons-nous produire un certificat de bonne santé pour pouvoir circuler librement comme tout autre citoyen ? Et Les plus vulnérables devant la maladie seront-ils obligés de porter sur leur poitrine un insigne distinctif ?... 

Nous touchons là le second problème qui est pour moi d'ordre quasiment constitutionnel et que Axel Kahn a bien vu. On introduit là en effet une ségrégation devant le principe de liberté de circuler affirmé dans la Déclaration universelle des Droits de l'homme : Article 13 1. Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat. 2. Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays. Mais aussi dans notre constitution basée sur les principes de liberté et d'égalité. On rappellera aussi l'article premier de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789 : "Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Donc on est en droit, justement, de penser que de telles mesures contreviendraient à nos principes mêmes quels que soient les arguments avancés. La liberté de circulation est un droit accordé à tous, en dehors des personnes faisant l'objet d'une condamnation pénale... Les personnes âgées et vulnérables devant le Coronavirus vont-elles donc être condamnées à la réclusion ? Cette mesure serait proprement discriminatoire !

Et assurément, au cas où l'on persiste en haut lieu dans cette voie, des recours seront aussitôt déposés devant le Conseil Constitutionnel et on peut penser qu'ils aboutiraient. On peut aussi faire appel au Défenseur des Droits, Jacques Toubon, qui, en dépit de ses options passées, fait un bon travail (parfois la fonction fait l'homme...).

D'ailleurs on pourrait aussi apporter un autre point qui montre que l'argumentation basée sur les stastitiques médicales est biaisée et donc pour le moins trompeuse. Il y a en effet dans celles-ci un autre critère que l'âge et les comorbidités et ce critère intervient de façon encore beaucoup plus significative devant la maladie : le sexe. Les femmes en effet ont un taux deux fois moins fort de mortalité par le virus que les hommes. Même chose pour les hospitalisations... Pourquoi les femmes de 70 ans devraient-elles accepter d'être confinées alors qu'elles ont moins de risques que les hommes de 60 ans et peut-être même de 50 ans (ce serait à voir...) ?

On voit là les dérives politiques possibles dues à cette pandémie. Celle par exemple d'une dictature qui s'abriterait derrière des motifs sanitaires... Du reste ce n'est pas si nouveau que cela puisque les totalitarismes ont pu mettre en détention leurs opposants en invoquant la maladie mentale. 

Les Français ont, pour une immense majorité, accepté les mesures de confinements quand elles s'imposaient à tous sans distinctions autres que la participation aux activités absolument nécessaires à tous (et ainsi bien des "riens" ont continué à travailler et on s'est aperçu qu'ils étaient tout !). Les Français accepteront-ils de voir ainsi les principes fondamentaux de liberté et d'égalité piétinés ? Ne va-t-on pas aussi en créant ainsi deux Frances opposées encourager une division (alors même qu'on appelle tant à l'unité !!!) et encourager le retour des corbeaux. Il y en a eu déjà ces dernières semaines ... 

Il y a au fond dans ces projets quelque chose de paternaliste qui rejoint le ton de certaines interventions présidentielles. On juge que les personnes âgées et/ou vulnérables ne sont pas "responsables" et donc on nie leur droit à la liberté. Paradoxe extrême : on juge que les personnes "âgées" ne sont pas majeures et sont moins "sages" que les personnes plus jeunes.

Un pouvoir respectueux du peuple qui l'a porté aux commandes userait de pédagogie, insisterait simplement, avec les autorités scientifiques, sur la nécessité de se protéger auprès des personnes jugées vulnérables, personnes majeures qu'il laisserait libre d'agir. Or ce pouvoir imprévoyant qui, comme tous ceux qui l'ont précédé depuis des décennies, a continué un travail de démolition de l'hôpital, et a par ailleurs méprisé encore en novembre dernier les manifestations pour sauver l'hôpital public, montre, une fois de plus, en dépit de postures d'humilité factices, son arrogance et son mépris.

Guy Allix