Guy Allix : Au nom de la terre (Editions Sauvages) Prix Paul Quéré 2017

 

C'est une tout autre résidence sur la terre [1] que pose ici l'ami poète Guy Allix.  Une résidence qui provoque à la fois chez lui épouvante, terreur, atterrement, sans pour autant manquer d'appeler à la rescousse le souffle, souvent nommé, vital à qui descend, dans une méditation poétique, jusqu'à de telles profondeurs. Jusqu'à connaître la lave.

Non sans se recouvrir soi-même d'humus, à la limite presque de l'enfouissement.  Et le lecteur ne résistera pas à l'hélice verbale qui fait alors tourner des mots nommant la terre, comme  terreau, terraqué, terrasse, terrassante et bien sûr se terrer  qui appuie la sensation ressentie à la lecture. Dans ce registre les occurrences abondent.

La mort, les morts ! Comment n'habiteraient-ils pas le paysage du texte, comme l'habite la certitude à la fin, de nourrir l'herbe par en-dessous  un jour moi qui fus le feu, j'avitaillerai cette terre que tu vois là...  et encore  ...où  rien n'existe en toi que cet humus.

Dira-t-on que cette écriture travaille à apprivoiser la mort, ce qui est peut-être au fond l'objet de toute écriture  ? Ou encore que la mort est sur la langue de Guy Allix au moins autant que l'est la vie ? Jusqu'à l'ambiguïté volontaire entre le vers qui se dit, qui s'écrit...et le vers qui dévore. L'humilité, l'acuité, la clarté du Moyen-Age sont dans cette poésie.

Mais on dirait ailleurs qu'on assiste à une noce, à une célébration érotique de la terre. Quand le sillon du poème est aussi celui de l'amour ( ici la polysémie qui l'enrichit). Jusqu'à l'arbre auquel ne manque pas de s'identifier Guy Allix. L'arbre signe préhensile de sève, de renaissance, d'élan... le poète est celui qui peut planter un silence en terre jusqu'à ce que pousse un arbre. Jusqu'à ce que murisse un fruit. Difficile alors de ne pas entendre résonner le vœu de Musset Quand je mourrai plantez un saule sur ma tombe.

S'il advient que le poème se refuse, qu'il soit frappé de mutisme, il faut bien qu'une fois au moins l'étreinte de l'angoisse se desserre, si éloignée qu'elle soit de celle de l'amour, que connait n'en doutons pas le poète (l'amour le seul refuge entre tous estimable)... Un jour vient enfin/où tu prends le temps//Le jour vient/où tu prends le temps d'un ciel bleu/Quand bien même il n'a pas de sens non plus que sa lumière/Pas plus de sens si ce n'est justement/Ce regard porté plus haute que toi/Cet élan vers ce qui te dépasse infiniment/Et t'écrase tout à la fois//Et tu parles soudain tu joies/L'imprononçable immensité/Qui n'aura de cesse après toi...

Et tu parles soudain tu joies (tu jouis ?) Ici parle un derviche-tourneur, dont la danse (l'écriture) va comme une vis sans fin jusqu'à la lave. Quand je disais prière ?

Au nom de la terre a été lauréé, a juste titre par le Prix Paul Quéré en 2017. En parentage.

 

Gérard Cléry



[1]    Residencia en la tierra : Pablo Neruda.

 

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